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La mondialisation n’est pas compatible avec les fondamentaux de la pensée libérale

Sans aucun doute l’échange constitue la base du libéralisme économique et son expansion permanente une source de croissance économique. En énonçant la loi des débouchés « L’offre crée sa propre demande », Jean Baptiste Say émettait une vérité d’évidence qu’il est aujourd’hui bien difficile de comprendre spontanément tant le keynésianisme a pris une part prépondérante dans les débats de politique économique. De façon à le dire encore plus simplement et selon les propres termes de JB Say [1]« de toute manière, l’achat d’un produit ne peut se faire qu’avec la valeur d’un autre ».et de poursuivre « dans un Etat plus les producteurs sont nombreux et les productions multipliées, et plus les débouchés sont faciles, variés et vastes ». La conclusion de cela c’est que la prospérité de chacun dépend de la prospérité de tous.

En soulignant « dans un Etat » doit-on comprendre que JB Say était hostile au libre-échange ? Au contraire il soutenait avec raison que « l’importation des produits étrangers est favorable à la vente de produits indigènes, car nous ne pouvons acheter les marchandises étrangères qu’avec les produits de notre industrie, de nos terres et de nos capitaux ». Il ajoutait également que l’achat dans de meilleurs conditions de produits étrangers conduisait les producteurs nationaux à réallouer les capitaux dans des industries dans lesquelles ils avaient un avantage compétitif.

La mondialisation brutale des vingt dernières années va remettre en cause cette loi qui sous tendait un contrat social où la prospérité de chacun concourrait à la prospérité de tous. La liberté totale de mouvement des capitaux mettra à mal l’idée selon laquelle les producteurs nationaux étaient enclins à réinvestir sur place les profits dégagés dans leur pays. Dès lors le mécanisme selon lequel des producteurs plus nombreux entrainent des productions multipliées et des échanges plus féconds s’en est trouvé durablement affaibli et la prospérité de chacun (l’entreprise qui délocalisait sa production) n’a plus concouru à la prospérité de tous. Au niveau d’un Etat, moins de producteurs, moins de produits, moins d’échanges et la prospérité de celui-ci a été profondément affectée. Mais nous dirait JB Say : « pas de produits indigènes, pas de produits importés et donc pas de débouchés pour les Etats qui bénéficient de la délocalisation ». Dès lors le mécanisme pervers aurait dû s’éteindre de lui-même. C’est vrai si nous étions restés dans la logique libérale de Jean Baptiste Say qui fait qu’à aucun titre -sauf la charité chrétienne- un consommateur puisse exister sans être également un producteur.

La mondialisation est à l’origine du siphonage de l’épargne occidentale

Les adeptes de la mondialisation qui se disent libéraux ont bien su tirer avantage de la théorie à tête retournée de Keynes qui stipule que la demande crée l’offre, ou pour le dire autrement que l’on peut consommer un produit sans rien avoir à offrir en échange, c’est-à-dire sans avoir concouru à la production. La subside d’Etat et le crédit à la consommation ont pallié la faiblesse des salaires et les destructions d’emploi et créé artificiellement des consommateurs en entretenant des cohortes de salariés privés d’emploi. Mais pour citer encore un père du libéralisme, Adam Smith[2], quel que soit le savant découpage analytique de la valeur ajoutée « La rente de la terre et les profits des capitaux sont partout les principales sources où les salariés non productifs puisent leur subsistance ; Ce sont deux sortes de revenu qui donnent à leurs maitres le plus de matière à faire des épargnes. L’un comme l’autre de ces revenus peuvent indifféremment entretenir des salariés productifs et des salariés non productifs. Ils semblent pourtant avoir pour les derniers quelques prédilection ». Cette dernière critique s’adressait à l’époque aux grands seigneurs assez enclins à entretenir des gens oisifs et non pas aux riches commerçants soucieux d’employer leur capital pour des gens laborieux. Il n’en reste pas moins que les Etats, au travers de l’impôt et des prélèvements sociaux, ont entretenu tels des grands seigneurs des travailleurs improductifs et siphonner par la même l’épargne de leurs agents productifs.

Laissons à Adam Smith la parole sur ce point : « Les capitaux augmentent par l’économie ; ils diminuent par la prodigalité et la mauvaise conduite. Tout ce qu’une personne épargne sur son revenu, elle l’ajoute à son capital ; alors, ou elle l’emploie elle-même à entretenir un nombre additionnel de gens productifs ou elle met quelque personne en état de le faire, en lui prêtant ce capital, moyennant un intérêt…»

Sous couvert de pensées libérales fumeuses telle la théorie du ruissellement, le cynisme des adeptes de la mondialisation a donc exploité la propension à l’interventionnisme social des élites étatiques, main dans la main avec les élites politiques, provoquant une chute de l’investissement productif dans les pays dont ces derniers avaient la charge. L’épargne des nations développées a été siphonnée dans des subsides improductives au détriment même des fonctions régaliennes qui participent au développement économique d’une nation (armé, police, justice affaires étrangères et aménagement du territoire). Elle a été également siphonnée pour l’avenir car la charge de remboursement de la dette est un emploi incontournable de l’épargne future.

Cette rencontre fatale des mondialistes économiques et des interventionnistes étatiques a détruit la main invisible où la poursuite de son intérêt par chacun concoure à l’intérêt de tous pour la remplacer par la main bien visible de quelques-uns affairés à la perte de tous.

La mondialisation doit être remise en cause au nom même du libre -échange

Mais clameront les mondialistes, Adam Smith a pourtant dit que « l’interventionnisme des pays d’Europe, en gênant la libre circulation du travail et des capitaux, tant d’un emploi à un autre, occasionnes-en certains cas une inégalité fort nuisible dans la somme totale des avantages de leurs différents emplois ». Déjà, il ne faut pas omettre « en certains cas » qui introduit un certain bémol au propos et rappeler les cas d’atténuation du libre-échange qui semblaient salutaires à Adam Smith:

« Le premier, c’est quand une espèce particulière d’industrie est nécessaire à la défense du pays »

« Le second cas dans lequel, il sera avantageux de mettre quelque charge sur l’industrie étrangère, c’est quand le produit de l’industrie nationale est lui-même chargé de quelque impôt. »

Le troisième cas « dans lequel il peut y avoir quelquefois lieu à examiner jusqu’à quel point il serait à propos de laisser subsister la liberté de l’importation de certaines marchandises étrangères, c’est lorsqu’une nation étrangère gène, par de forts droits ou par des prohibitions, l’importation de quelqu’un de nos produits manufacturés dans son pays »

Le quatrième cas où il y a lieu de s’interroger sur le retrait des droits et prohibitions c’est celui où « il pourrait se faire que le marché intérieur fût inondé aussitôt de marchandises étrangères à plus bas prix, tellement que plusieurs milliers de nos concitoyens se trouvassent tous à la fois privés de leur occupation ordinaire et dépourvus de tout moyen de subsistance »

A la lecture de ces sages recommandations peut-on croire encore que les thuriféraires de la mondialisation soient des économistes libéraux ou des agents économiques mus par le souci de promouvoir la concurrence non faussée au service de l’épanouissement économique des chefs d’entreprises implantés en France Ces derniers  ont eu depuis vingt ans la double charge d’assurer la subsistance de leurs salariés et de financer au moins en partie les transferts sociaux destinés à la protection des travailleurs devenus improductifs sous l’effet d’une mondialisation brutale.

Il est désormais clair que le mondialisme n’est pas compatible avec un projet politique libéral et démocratique. Il n’en respecte pas les principes et n’a trouvé sa source et son soutien que dans le capitalisme d’Etat et les politiques interventionnistes keynésiennes. Désormais les citoyens veulent moins d’impôt, moins de dettes et de vrais emplois.

JJ Martin 2 décembre 2018

 

[1] Jean-Baptiste Say Traité d’économie politique 1803

[2] Adam Smith Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations 1776

Catégories: Finance, Mis en avant

Auteur: idlibertes

Profession de foi de IdL: *Je suis libéral, c'est à dire partisan de la liberté individuelle comme valeur fondamentale. *Je ne crois pas que libéralisme soit une une théorie économique mais plutôt une théorie de comment appliquer le Droit au capitalisme pour que ce dernier fonctionne à la satisfaction générale. *Le libéralisme est une théorie philosophique appliquée au Droit, et pas à l'Economie qui vient très loin derrière dans les préoccupations de Constant, Tocqueville , Bastiat, Raymond Aron, Jean-François Revel et bien d'autres; *Le but suprême pour les libéraux que nous incarnons étant que le Droit empêche les gros de faire du mal aux petits,les petits de massacrer les gros mais surtout, l'Etat d'enquiquiner tout le monde.

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12 Commentaires

  1. qui est l’auteur de ce brillant article ? Je ne trouve rien à propos de JJ Martin…

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    • Il était le patron de la gestion d’actifs à la Banque de France.(voir article du 18 octobre 2018)

  2. Joyeux Noël !
    Dans ce débat, une question : les avantages de la mondialisation de libre-échange selon l’OMC, sont-ils compatible avec la mondialisation des droits de l’Homme universels selon l’ONU ? Seule l’UE oblige ses Etats-membres à distribuer les droits sociaux et droits créances onusiens de manière universelle. Ce qui grève via les taxes, la compétitivité de l’Europe, singulièrement celle des producteurs en France. Aucune autre région du monde ne s’oblige à cette redistribution forcée pour des tiers. N’est-ce pas la raison qui fait que l’Industrie a déserté la France, et même l’Europe pour les Industrie les plus innovantes ?

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  3. Ce serait bien de définir la mondialisation : je ne vois pas ce que l’auteur veut dire !

    cela éviterait peut-être de lui faire porter des maux d’origine collectiviste, étatique, de copinage…

    En France, ce sont surtout l’extension à l’infini de la puissance publique, le copinage qui sont à l’origine de ses maux.

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    • la mondialisation est l’alliance des capitalistes de connivence avec les politiciens sociaux démocrates corrompus par les premiers…

    • la mondialisation, c’est quand tu ne peux plus entreprendre dans ton pays a cause, des règlements, des lois du travail, des taxes et impôts.

      Quand j’étais commerçant en France, ma hantise était le 19 de chaque mois, ou j’attendais l’appel du comptable pour faire un chèque au fisc du montant de TVA que je devais payer chaque mois.
      Cette barre de chocolat a du lait donc TVA 5,5%, celle la n’en a pas donc TVA 20 %, celle la des noisettes donc … faut arrêter de nous emmerder avec conneries de taxes et paperasserie. 2h par jour de perdue pour faire la compta, sans compter les autres emmerdes.

      Je me suis expatrier a Hong kong, TVA = zero, je peux travailler 7 jour sur 7, 24h sur 24h, je fais ce que je veux dans mon magasin, pas emmerder par les fonctionnaires.

      En France, on n’emmerde celui qui crée de la richesse, je n’ai aucunes affiliation avec aucuns politiciens, j’ai pas envie de travailler et de payer pour ceux qui ne veulent pas travailler.
      A hong kong, j’ai pas le droit de vote, mais cela me derange pas, ce qui m’intéresse c’est ce qui me reste a la fin du mois !

      Avoir la démocratie + droit syndical + droit de l’homme et se faire voler 80% de son travail ou ne pas voter et avoir 85% de plus a la fin du mois. Le choix est claire comme de l’eau de roche.(0 TVA a hong kong, et 16% d’impôts, choisit ton camp camarde).

  4. Je ne partage pas l’analyse théorique.

    Le terme “mondialisation” porte bien son nom. Il s’applique à une “nation” mondiale, c’est-à-dire l’humanité.

    On ne peut nier que globalement/mondialement, le niveau de vie moyen de l’humanité soit en hausse, grâce à la mondialisation. Des centaines de millions de personnes ont été sortis de l’extrême pauvreté.

    On peut se lamenter sur l’épargne perdue des occidentaux à cause de la mondialisation.
    Qui peut dire ce que serait actuellement cette épargne, si ces affamés n’avaient que comme issue l’affrontement armé et/ou la migration de dizaines de millions d’asiatiques et africains vers les pays riches?
    (Se rappeler des quelques boat-people et de la migration actuelle d’africains et moyen-orientaux.)

    La mondialisation est tout à fait compatible avec le libéralisme, sur le principe.

    C’est juste que le principe d’une “nation mondiale” n’a aucune réalité pour 99,99999% de l’humanité.
    Aucun gouvernement étatique, strictement aucun, ne se voit comme faisant partie d’une “nation” mondiale, avec des règles communes.
    Seules des élites économiques internationales (quelques milliers de familles dans le monde) poussent cette conception, à leur immense profit.

    En d’autres termes plus crus: si ma tant en avait, ce serait mon oncle.
    On peut disserter des lustres sur comment serait mon oncle et comment mieux le faire vivre.
    Sauf que dans la réalité, n’existe que ma tante, qui vit autrement.

    La mondialisation n’a jamais été construite sur des préceptes libéraux, au mieux juste drapée de.
    99.99999% des gens ne veulent réellement du libéralisme à l’échelle mondiale, car personne ne se voit, dans la réalité, comme “citoyen du monde”.

    Le libéralisme fonctionne et est bien le meilleur système économique, mais dans un environnement où des règles communes existent et sont acceptées.

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  5. Merci pour cet article de haute volée, amicalement Bertrand.

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  6. Quelqu’un aurait-il une idée pour obliger ceux qui nous gouvernent, notamment depuis Bruxelles, à lire et appliquer cet excellent papier.
    Ils pourraient commencer par les 4 cas d’atténuation du libre-échange par A. Smith : on dirait du Trump!

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    • Il y a des dizaines de milliers selon le ministère de l’intérieur, plus probablement des centaines de milliers de gilets jaunes, sans compter les millions de supporters, dont je suis, qui réclament depuis des semaines le RIC ou RIP (référendum d’initiative citoyenne ou populaire, pas parlementaire et encore moins gouvernemental)! La sortie de l’Euro et, s’il le faut, de l’actuelle union ferait de très bonnes questions de référendum, après la destitution de Macron bien sûr!

    • Merci à C Heyd pour son commentaire.

      Mais plutôt que le référendum, je voterais (!) plutôt pour des élections du type Californien où les électeurs sont invités à répondre à des dizaines de questions.
      Par exemple celle-ci :

      “Le 6 novembre 2018, les Américains éliront le nouveau Congrès, premier scrutin national depuis l’élection de Donald Trump en 2016.

      En Californie, les électeurs voteront aussi sur la fin d’une taxe sur l’essence, initiative républicaine visant à contenir une possible vague démocrate.”(extrait d’un journal).

      Et n’oublions pas que, si un radar sur deux est démoli, c’est à cause des 80Km/h qui, n’en déplaise aux parisiens sans permis, n’ont manifestement pas fait baisser le nombre de tués et blessés sur les routes (sinon on le saurait déjà).

  7. Article parfaitement clair et démonstratif des vices que comporte la mondialisation en cours;
    tout le monde pensait que la Chine avait naturellement vocation a être l’atelier du monde et que ne subsisterait dans nos pays occidentaux que des entreprises “fabless” c-à-d des entreprises sans ateliers et moyens de production autres que des bureaux d’études et éventuellement des services marketing; le pire c’est que certains grands chefs d’entreprises, je pense à Alcatel notamment, aient eux-mêmes soutenu ce genre de discours!
    Le résultat est on ne peut plus logique: plus d’usines dans nos campagnes et donc plus de travail pour les ouvriers et techniciens et importation des produits de première nécessité fabriqués ailleurs mais aussi, de plus en plus, la concurrence de produits étrangers qui montent en gamme car les Chinois et les Indiens ont compris l’intérêt d’avoir à la fois des ingénieurs et des ouvriers.

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