https://www.institutdeslibertes.org/auteur/jbnoe/page/2/

Faire peur pour asservir

Prenons deux pays, que nous appellerons la Bordurie et la Syldavie, en hommage aux aventures de Tintin.

La Bordurie est un pays privilégié qui dispose de nombreux atouts : un large accès à la mer, la présence de gisements d’hydrocarbures (gaz et pétrole), un climat chaud et agréable. La Bordurie a donc tout pour être un pays riche et développé.

La Syldavie au contraire cumule toutes les tares. C’est un pays enclavé, sans accès à la mer. Or parmi les dix pays les plus pauvres au monde, 7 sont sans façade maritime. C’est un pays sans ressource énergétique, montagneux, donc avec peu de plaines pour disposer d’une agriculture performante, et avec de faibles moyens routiers. Le climat y est froid et rude, comme souvent en montagne. Comble de malchance, la Syldavie est entourée de pays riches et puissants qui cherchent à se partager son territoire, y conduisant donc souvent leurs troupes.

Ces deux pays imaginaires existent. Le premier est le Venezuela, le second la Suisse.  La Confédération helvétique a longtemps été si pauvre que ses habitants n’avaient pas d’autres emplois possibles que de se vendre comme mercenaires dans les armées européennes. Ils servaient à l’époque le roi de France, fort bien d’ailleurs puisque les Suisses ont préféré se faire massacrer plutôt que de lâcher Louis XVI. D’autres servaient le pape, en complément de la garde corse, dont subsiste aujourd’hui la troupe de gardes suisses encore visible au Vatican. Parce que le premier pays a été mal géré, contrairement au second, la Syldavie est aujourd’hui riche et la Bordurie pauvre.

La vie est de l’ordre du possible, non du déterminisme

Cette comparaison participe au débat initié à la fin du XIXe siècle par le géographe Paul Vidal de la Blache, fondateur de l’école de géographie française. Celui-ci appartient à l’école dite possibiliste. C’est-à-dire qu’il considère qu’il n’y a aucune fatalité à ce qu’un territoire soit pauvre ou riche. La présence ou l’absence de développement ne provient pas du sol, du climat ou de la situation géographique, mais de facteurs humains. Les pays développés sont ceux où la population a su mettre en valeur son territoire, avec l’aide d’une structure juridique et politique favorable. La reconnaissance du droit privé, de la propriété et de la primauté de la personne compte parmi les facteurs essentiels. Les pays non développés sont ceux où règnent la corruption, les mafias, l’absence de travail. La Suisse n’est donc pas un pays « privilégié », mais un territoire où la population a su tirer le meilleur parti de conditions naturelles défavorables.

Prenons le cas du vignoble de Lavaux, dont j’ai déjà eu l’occasion de parler. Combien d’heures de travail a-t-il fallu, et faut-il encore, pour créer ici un vignoble, sur les pentes raides du lac Léman ? Que de travail pour retirer les pierres, en faire des murets et des terrasses, pour sélectionner les cépages les plus adéquats (le chasselas essentiellement) et ainsi produire un vin de grande qualité.

La géographie nous démontre ceci : aucun territoire n’est « riche » ou « pauvre », « favorisé » ou « défavorisé ». Le territoire est neutre et il devient ce que les hommes qui l’habitent projettent d’en faire. Ainsi du Médoc, région de marécages et de moustiques, asséchés et canalisés par les Bordelais jusqu’à en faire la région des grands vins que l’on connaît, qui compte les châteaux et les domaines les plus fameux. La géographie est une science positive et joyeuse, car, en étudiant les paysages et leurs aménagements, elle étudie aussi le génie humain et la capacité des peuples et des civilisations à tirer le meilleur de zones ingrates et difficiles. Pensez au site d’Angkor Vat, marécageux lui aussi, situé dans une région chaude et humide où la vie est particulièrement difficile. Pourtant, les Khmers ont réussi à édifier un ensemble de temples fascinants.

Faire peur, par tous les moyens

Or aujourd’hui on essaye de plus en plus de faire peur et d’empêcher la réflexion. Peur du climat, peur de demain, peur du développement. La déraison de la peur a remplacé la réflexion sereine et posée sur les territoires, les hommes et les facteurs du développement. La géographe Sylvie Brunel vient de publier un livre rassérénant sur ce sujet. Elle a longtemps dirigé une ONG, Action contre la faim, et a donc vu des situations humanitaires dramatiques. Elle est aujourd’hui professeur à Sorbonne-Université et travaille notamment sur la géographie du développement. À travers tous ses livres, elle lutte contre la peur et elle essaye de faire réfléchir ses lecteurs, ce qui est tout à fait réjouissant. Le premier que j’ai lu était La planète disneylandisée où elle raconte un tour du monde en famille et la façon dont le tourisme contribuait à maintenir en vie des cultures et des traditions locales qui auraient sinon disparu. Elle a publié cet été Toutes ces idées qui nous gâchent la vie, dans lequel elle montre les progrès considérables réalisés par l’homme, à rebours du commerce de la peur qui sévit aujourd’hui. Elle le fait dans un langage parfois abrupt, qui ne s’embarrasse pas de détours. Mais elle rappelle que la peur ne mène à rien, si ce n’est à la violence et à la destruction des rapports humains :

« Brandir le spectre de la fin du monde nous mène dans l’impasse. Car le règne de la peur induit la violence. Croire que l’on incarne la pureté, embrigader la jeunesse, c’est mobiliser des armes dont on ne maîtrise jamais le pouvoir. […] L’idée que la nourriture nous empoisonne, que la chimie nous submerge, que les animaux disparaissent, que l’homme détruit la planète relève du fantasme et de la propagande. »

Ainsi en est-il de ces marches où la jeunesse est embrigadée dans des fausses causes, comme autrefois les étudiants se retrouvaient pour défendre Mao et Che Guevara. Au lieu d’aider à réfléchir, à comprendre, à chercher et à innover pour relever les défis de la gestion des ressources et des énergies, des manipulateurs agitent les peurs et sèment la haine et la violence.

« Intégrale », le mot fait peur. De plus en plus de personnes sincères adhèrent à cette doctrine de l’écologie intégrale au nom du salut de la planète et exigent des gouvernements qu’ils prennent les mesures les plus radicales. Leur monde parfait n’aurait plus de bébé, plus d’avion, plus de voiture (ou à l’extrême rigueur, électrique, mais on sent bien que les heureux privilégiés seront triés sur le volet). Ils cherchent à enrégimenter les jeunes, comme le font toutes les révolutions. Les écoguerriers les appellent à des marches mondiales pour la planète, à des grèves scolaires pour le climat : « N’allez plus en cours, protestez. » On connaît la recette. Décervelons la jeunesse, elle n’en sera que plus malléable. Jouons sur l’émotion, et nous serons sûrs de l’embrigader. […] Comment en est-on arrivé là ? Par une dérive progressive, mais implacable vers une civilisation occidentale où la « Planète » est devenue plus importante que l’humanité. Où s’est instauré un paganisme écologique qui idéalise la nature, sanctifiant l’animal, vénérant le végétal, mais détestant l’être humain. »

Comme le démontre Sylvie Brunel, la peur permet, dans les pays développés, de manipuler la jeunesse et, dans les pays en développement, de sanctuariser certains territoires en empêchant les plus pauvres d’accéder au moyen de leur développement. C’est à la fois une guerre menée contre l’Occident, pour lui couper les ailes de son progrès, et contre les pays pauvres, pour les empêcher de progresser : « Sous couvert de lutter contre la pauvreté, une grande lutte contre les pauvres a commencé : il fallait mettre sous cloche leurs lieux de vie, perçus comme les derniers paradis terrestres, pour sauver ces derniers de l’anéantissement, priver les pauvres de l’accès à des ressources et à un confort que l’Occident ne trouvait acceptable que lorsqu’il se l’arrogeait. Pourquoi ? Parce qu’une menace terrifiante s’était abattue sur le monde : le changement climatique. La planète était en train de se détraquer. »

Le progrès se fait par l’innovation, non par la peur

L’Europe s’accuse de tous les maux écologiques alors qu’elle est exemplaire sur bien des points, notamment la gestion et le traitement des déchets et l’aménagement des paysages, comme le rappelle Sylvie Brunel au sujet de territoires qui étaient encore peu répulsifs :

« L’Europe, où les forêts sont plus étendues que jamais, où la qualité des territoires est la plus avancée, où même les régions hier les plus polluées, les plus abîmées, redeviennent propres et belles comme des sous neufs, tels la Ruhr ou le Bassin minier du Nord-Pas de Calais, désormais rebaptisé Hauts de France et inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, pays noir et désolé où j’ai grandi et que j’ai vu se verdir et se recoloriser, l’Europe, exemplaire en termes de protection de l’environnement, de conscience écologique, ne cesse de s’imposer de nouveaux sacrifices, d’accuser ses populations de mal se comporter, prétendant, par des réglementations, des normes, des taxes, des sacrifices toujours plus coûteux à son économie et à sa société, donner l’exemple au reste du monde. »

Et l’auteur de faire remarquer que de grands groupes profitent de cette peur, soit en sanctuarisant des espaces qu’ils peuvent ainsi exploiter, soit en faisant financer les technologies qu’ils développent. Les taxes et les contraintes que l’Europe s’impose font le jeu de la Chine, qui n’a pas les mêmes réglementations. Elles servent aussi les groupes qui financent les ONG, pour se donner une image verte, et qui sont ainsi tranquilles pour pratiquer leurs activités. Pourtant, loin des peurs et des millénaristes, le progrès technique et l’innovation ont permis une nette amélioration des conditions de vie :

« En 1960, nous étions 3 milliards sur la terre dont un tiers souffrait de la faim et nous vivions en moyenne 45 ans. Un demi-siècle plus tard, nous sommes plus du double, 7,7 milliards, et pourtant la faim ne touche plus qu’une personne sur 12 (ce qui est encore trop). Et nous vivons en moyenne 72 ans. 142 pays sur 230 sont au-dessus de cette moyenne, avec, dans 40 d’entre eux, une espérance de vie record : plus de 80 ans. Presque tous les pays de l’Union européenne en font partie. Des pays où, précisément, on fait très attention à la nature. »

Les préjugés sont plus difficiles à désintégrer que les atomes, disait Einstein, ce à quoi Proust peut lui répondre que « Les faits ne pénètrent pas dans le monde où vivent nos croyances ». En faisant peur, en empêchant de réfléchir, d’innover, d’essayer de se tromper, on prive l’humanité du moteur de son progrès. La jeunesse a besoin de livres et de bibliothèques pour apprendre, découvrir, se former, et ensuite tenter et innover, non de peurs qui déresponsabilise et infantilise et qui manipule les foules pour le grand plaisir des manipulateurs.


Pourquoi les dictatures ne tombent pas

Surprise des esprits rationnels que de constater qu’il est très rare qu’une dictature soit renversée par sa population. Un régime qui nous paraît odieux, parce qu’il maltraite et tue sa population, parce qu’il provoque une faillite de l’économie, engendrant famines et restrictions, est très rarement renversé. Le Cuba communiste est toujours là et les frères Castro ont réussi à assurer leur succession. La Corée communiste de même et il est légitime de penser que s’il n’y avait pas eu l’intervention américaine de 2003, Saddam Hussein serait toujours le dirigeant de l’Irak. Maduro tient encore le Venezuela, en dépit des coups de boutoir lancés par Juan Guaido et des manifestations qui rassemblent des millions de personnes dans les rues. Qu’est-ce qui assure donc la survie de ces régimes ? Au moins trois facteurs : la sidération pour la servitude, le pouvoir de la force, l’inutilité du soulèvement.

La sidération de la servitude

La liberté est loin d’être une chose naturelle et partagée ; la servitude est davantage appréciée. La servitude retire l’obligation de la responsabilité, elle est donc plus confortable que la liberté. Elle donne une certaine routine, elle évite de se poser trop de questions, elle est moins exigeante que la liberté, déclinée sous toutes ses formes : expression, religion, politique, culturelle, etc. la servitude est réconfortante et apaisante, surtout quand elle est douce et qu’elle ne s’accompagne pas d’une répression trop forte. C’est le nouveau despotisme décrit par Alexis de Tocqueville : « Je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs dont ils remplissent leurs âmes. » Les plaisirs petits et vulgaires suffisent quand la liberté vise toujours à la grandeur et à la magnanimité. Quoi qu’il en dise, quoi qu’il démente, l’homme a une inclination naturelle pour la servitude et préfère se courber aux pieds du maître. C’est la force des tyrans et cela explique qu’ils ne soient que très rarement renversés.

Le pouvoir de la force

Quand bien même certains oseraient vouloir renverser le dictateur, celui-ci dispose de la force militaire et n’hésite pas à s’en servir. Staline éliminait ses opposants politiques, tout comme Ernesto Guevarra et aujourd’hui Maduro. Tant que l’armée tient, le dictateur est certain de rester. Ce qui renvoie à l’analyse d’Étienne de La Boétie dans son célèbre ouvrage De la servitude volontaire. Certes, le dictateur peut ordonner de tirer sur des manifestants, mais encore faut-il que son ordre soit exécuté. L’officier qui commande la troupe comme le soldat qui appuie sur la gâchette sont tout autant responsables de la répression que l’homme qui en donne l’ordre. Les dictateurs tiennent parce qu’il y a en dessous d’eux une kyrielle de petits dictateurs qui organisent la terreur à leur échelle. Rien n’est pire que la bureaucratie pour asseoir un pouvoir jusqu’aux coins reculés du pays. C’est le sadisme des petits chefs et des ratés qui trouvent soudain une justification à leur vie en imposant la répression et les ordres stupides sur ceux dont ils peuvent exercer un pouvoir. Les dictatures sont remplies de ces petits fonctionnaires, gratte papiers et médiocres grisés par le mal qu’ils peuvent exercer sur les autres et qui leur donne l’illusion d’être quelqu’un.

Le communisme n’a pas tenu grâce à Staline ou à Brejnev, mais grâce aux milliers de bons Soviétiques qui ont été les mains invisibles du communisme dans les bureaux où ils ont siégé. Personne n’a donc intérêt à ce que la dictature tombe, car il faudra alors que ces personnes justifient ce qu’elles ont fait. Comme c’est une partie nombreuse de la société qui collabore avec le dictateur, la responsabilité de la dictature est partagée et diffusée dans toutes les couches de la société. Pour la renverser, ce n’est donc pas le dictateur qu’il faut abattre, mais des millions de métastases qui ont gangrené tout le corps social.

Ces dictateurs invisibles ont tout intérêt au maintien du système, car par leur collaboration ils font partie de la nomenklatura, c’est-à-dire les privilégiés de la dictature. Ils vivent mal, certes, plus mal que dans un pays libre, mais mieux que toutes les autres personnes qui ne collaborent pas, ou pas assez. Pourquoi est-ce que Nicola Maduro tient ? Parce que l’armée lui est fidèle. Cette armée est financée par l’argent du pétrole, qui est en train de s’épuiser. Mais aujourd’hui elle se finance par l’argent de la drogue. Le Venezuela est devenu un État mafieux, comme si les Farc avaient pris le pouvoir non à Bogota, mais à Caracas. C’est aujourd’hui une plaque tournante du transit de la drogue d’Amérique latine qui part vers les États-Unis, via les Caraïbes. La vente de la drogue est en train de devenir l’une des principales ressources de la dictature, ce qui lui sert à la fois pour acheter des armes et des hommes pour se maintenir en place, et ce qui justifie aussi son maintien au pouvoir pour continuer à percevoir la manne financière de la drogue.

Nous sommes là face à une hybridation de la cause politique et de la cause criminelle. Chavez et Maduro ont commencé par défendre une cause politique puis, parvenus au pouvoir, ils continuent de défendre ce discours, non plus à des fins politiques, mais à des fins criminelles, vivant des trafics illicites que leur assure leur pouvoir. Au Mexique, c’est l’inverse qui se produit. Les cartels vivent du crime et de l’illicite, puis ils financent des hommes politiques pour assurer leurs marchés et leur sécurité, dérivant ainsi vers la cause politique. L’hybridation de la criminalité et du politique se retrouve en de nombreux endroits : État islamique, États africains, Amérique latine, etc. Dans tous les cas, cela renforce le pouvoir de ces groupes qui ont fait main basse sur l’État.

L’inutilité du soulèvement

Cette hybridation rend le soulèvement vain. Quand bien même on se lèverait contre le dictateur, la répression serait au bout de la révolte. Quand bien même le dictateur tomberait, il y a encore des millions de rhizomes dictatoriaux présents dans tous les secteurs de la société, qu’il est impossible d’éradiquer. Même si les Vénézuéliens faisaient tomber Maduro, il leur faudrait des décennies pour remettre leur pays sur les rails. Plus une dictature est longue, plus elle est difficile à extirper. La seule solution est donc l’exil. Ce qui s’est passé à Cuba et se produit aujourd’hui au Venezuela. Ceux qui ne veulent pas collaborer avec la violence, mais qui veulent avoir de meilleures conditions de vie n’ont pas d’autre choix que de partir. Cela renforce le pouvoir du dictateur, qui voit ainsi partir des opposants politiques. À ce moment-là, il est certain de l’emporter, car il a gagné dans les esprits.

Cruelle situation donc qu’un pays qui a cédé à la démagogie. Le temps renforce le pouvoir du dictateur et empêche tout retour à la liberté. Raison pour laquelle il faut intervenir rapidement pour le renverser, ce que firent les Espagnols en 1936 pour supprimer le gouvernement communiste du Front populaire, et les Chiliens en 1973, pour mettre un terme au gouvernement de Salvador Allende, épigone de Fidel Castro. Cela a évité à ces deux pays de devenir de nouvelles URSS. Certes, dans les deux cas un pouvoir fort s’est mis en place, parfois brutal avec ses opposants. Mais cela a permis au Chili et à l’Espagne de se développer et d’être aujourd’hui des pays de libertés et non des enclaves castristes.

Un cas à part : l’URSS

L’unique dictature qui soit tombée, et de surcroît de façon pacifique, c’est l’Union soviétique, alors même que tous les observateurs, à l’orée des années 1980, prévoyaient sa victoire. Pourquoi cette chute ? Ce n’est pas la guerre d’Afghanistan, ni l’explosion de Tchernobyl, ni la faillite économique qui ont permis cet effondrement. Cela a été un facteur aggravant et favorisant, mais non déclenchant. Le facteur premier de ce renversement réside dans le sursaut spirituel et culturel des peuples vivant sous le joug soviétique. C’est parce que des personnes, mues par leur foi et par leur culture, se sont levées, esseulées d’abord, de plus en plus nombreux ensuite, provoquant un effet d’attraction et de mimétisme, que les rouages du système soviétique se sont bloqués. Ces personnes ont des visages et des noms : le père Jerzy Popieluszko, assassiné par la police politique en 1984, Mgr Sigitas Tamkevicius, évêque en Lituanie, les militants de Solidarnosc et bien sûr Jean-Paul II. Ils ont drainé avec eux des milliers d’anonymes qui ont osé se lever contre la dictature communiste en défendant leur langue, leur histoire, leur culture. C’est en défendant les nations et la culture de chaque peuple que ces hommes de bien ont montré que le communisme était étranger à leur pays et qu’ils ont ainsi pu contribuer à en détacher une partie de plus en plus importante de la population. Un mouvement silencieux, mais profond et fructueux, qui a empêché ensuite les autorités communistes de réprimer les manifestations de 1989 et 1990. Voilà comment tombent les dictatures : par le réveil des hommes de bien, qui défendent leur culture et leur histoire. Une arme fragile, mais qui peut être plus redoutable qu’un fusil.


Le Caucase : lieu de puissance de l’influence russe

Difficile de comprendre et d’englober le Caucase, qui regroupe de nombreux peuples, cultures et langues. La montagne est toujours le refuge des opprimés et des chassés qui y trouvent un lieu propice à la défense et à la résistance. Le petit et le faible sont renforcés par les montagnes, qui les protègent et où il est plus facile de se mouvoir avec peu d’hommes qu’avec une grande armée. Raison pour laquelle les empires ont toujours beaucoup de mal à tenir la montagne tant chaque col, chaque haut plateau est un pays en soi qui nécessite une guerre propre pour être conquis. Les Alpes sont ainsi le refuge de nombreuses principautés qui, jusqu’au XVIIIe siècle, ont vécu en autonomie par rapport à leurs voisins, faisant basculer les alliances au gré de leurs intérêts.  

La montagne, une valeur refuge

Il en va de même pour le Caucase, autre grand massif montagneux d’Europe, cœur de l’Eurasie, frontière avec le monde russe au nord, les mondes iranien, turc et arabe au sud, à cheval entre deux mers. Si la Géorgie et l’Arménie sont les deux principaux États de cette montagne, on y compte une multitude de républiques autonomes et indépendantes, qui jouent leur partition propre pour essayer de le rester. 

Sur le plan géographique, le Caucase s’étire sur 1 200 km, de la mer Noire à la mer Caspienne. Le Caucase du Nord est appelé Ciscaucasie et le Caucase du sud Transcaucasie. Loin d’être une barrière, c’est un carrefour et un lieu de passage entre plusieurs peuples, empires et histoire. Aujourd’hui, ce sont les énergies qui transitent par cette région, pétrole et gaz. Le Caucase est là aussi un bon exemple du fait que la montagne n’est pas toujours un espace vide ni un espace fermé. Pensons aux Pyrénées, lieu de transit multiple, et même à la chaîne himalayenne, qui est elle aussi un lieu de passage. Les hommes de la montagne ont su développer de nombreuses techniques pour s’aventurer dans ces espaces hostiles au climat souvent rude.

Lieu de mythes et de vins

C’est sur le mont Caucase que fut enchaîné Prométhée, puni par Zeus d’avoir volé le feu pour les hommes. C’est là aussi, sur le mont Ararat, que s’échoua le bateau de Noé à la fin du déluge. À sa sortie, il découvrit la vigne et le vin, et l’ivresse qui va avec. Les archéologues ont découvert en Géorgie de très anciens pépins de raisin fossilisés, ce qui confirme que le Caucase est l’origine mondiale du vin. Les Géorgiens ont encore aujourd’hui un rapport particulier au vin. Ils le produisent en faisant fermenter le moût du raisin dans des dolines (des conteneurs en terre enfouis dans le sol) et ils le boivent en grande quantité dans des cornes de chèvre décorées. En Géorgie, le vin est plus qu’une boisson, c’est une façon de vivre. On y trouve d’ailleurs de très bons vins, la viticulture s’étant remise de la période soviétique et de la collectivisation des vignes.  

Le Grand jeu russe

La Russie s’est intéressée au Caucase dès le XVIIe siècle. C’est le pendant de sa politique d’expansion menée au nord (Baltique) et à l’est (Sibérie). Il s’agit d’accéder aux mers chaudes, de tenir le nœud de communication que représente cette région et de s’appuyer sur les populations chrétiennes pour faciliter la politique d’influence. La Géorgie est annexée en 1801 puis l’Empire russe combat la Perse et l’Empire ottoman. Alexandre 1er vainquit les Perses à deux reprises, les chassant du Caucase et assurant le contrôle russe sur la montagne. (Traités de Golestan 1813 et Turkanchai 1828). Ce faisant, dans sa lutte contre la Perse, il s’agissait aussi de répondre à l’expansion anglaise menée depuis les Indes et le Pakistan et de s’affirmer dans ce Grand jeu oriental. La Perse est un territoire d’influence entre la Russie et l’Angleterre au sein du Grand jeu, ce que la découverte des champs pétroliers n’a fait qu’aviver. Si les Anglais puis les Américains ont d’abord mis la main sur la Perse, la révolution de 1979 a rapproché Téhéran de l’URSS puis de la Russie. Les Perses n’ont pas semblé trop rancuniers de la défaite caucasienne infligée par Moscou. 

Pour s’assurer le contrôle du Caucase, les Russes ont construit trois grandes routes traversant la montagne et permettant les circulations : la route militaire géorgienne, la route militaire d’Ossétie et la route transcaucasienne. Avantage de ces routes : elles permettent tout autant le passage des commerçants et des voyageurs que des militaires, ce qui est toujours commode quand il s’agit de contrôler un pays.   

La Transcaucasie et la fin de l’URSS

À l’époque de l’URSS, la Russie a une frontière commune avec la Turquie et l’Iran, portant sa présence jusqu’aux confins du Moyen-Orient. Or la chute du régime communiste puis la dislocation de l’URSS provoquent un repli territorial, de nombreux peuples demandant et obtenant leur indépendance. La fin de l’URSS fait donc naître de nouvelles frontières et de nouveaux États, ce qui complique d’autant la géopolitique du Caucase. La Russie parvient néanmoins à éviter un recul trop massif et à conserver une influence dans ce que les Russes nomment leur étranger proche et qui est pour eux un enjeu important de leur action diplomatique.   

La sécession géorgienne

Le premier pays à avoir demandé l’indépendance est la Géorgie, avec Édouard Chevardnadze, qui était pourtant ministre des Affaires étrangères d’URSS puis qui devint le premier président de la Géorgie. La trahison, aux yeux des Russes, vint donc de l’intérieur et par celui qui avait un pouvoir important au sein de l’appareil d’État soviétique. Mieux valait pour lui être premier en Géorgie que deuxième dans l’empire soviétique. Mais sitôt l’indépendance proclamée, l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie firent sécession, ce qui affaiblit la Géorgie. C’était non seulement une perte territoriale, mais aussi d’axes de communication majeurs. Cela permis à la Russie de rester dans la zone en maintenant la présence de son armée. Affront suprême pour Moscou, la Géorgie demanda son intégration dans l’OTAN. Cela n’est pas encore fait, mais la demande est répétée. Si tel était le cas, il serait ensuite difficile de nier que l’OTAN sert à encercler la Russie et à limiter son extension.

Mikhaïl Saakachvili devint président de la Géorgie en 2004. Il mena une politique très antirusse et chercha à reprendre le contrôle des trois territoires sécessionnistes : l’Ossétie du Sud, l’Abkhazie et l’Adjarie. En 2004, il prit l’Adjarie, sans aucune réaction. Une telle passivité internationale donne toujours des ailes, et il décida donc de lancer son armée contre les deux autres territoires. La Russie était alors aux prises avec la Tchétchénie, autre région difficile du Caucase, et elle ne pouvait pas gérer deux dossiers majeurs en même temps.  

En 2008 donc, il lança une attaque éclair contre l’Ossétie du Sud. Mais cette fois-ci la Russie était plus libre et surtout ne voulait pas laisser la Géorgie s’étendre. La réplique fut immédiate et Moscou envahit la Géorgie lors d’une guerre éclair de cinq jours. Mais les armées s’arrêtèrent aux portes de Tbilissi. La Russie stationna des troupes en Ossétie et en Abkhazie, afin d’éviter toute nouvelle attaque géorgienne, ce qui lui permit de protéger ces territoires et de les contrôler. Grâce à l’imprudence géorgienne, Moscou a pu revenir dans le jeu de la Transcaucasie. Le président géorgien tenta alors de déstabiliser le Caucase pour fragiliser Moscou en soutenant la cause de peuples rebelles, mais cela échoua. Il soutint également des manifestations anti-Poutine à Moscou. Battu lors des présidentielles de 2013, son successeur se montra moins vindicatif à l’égard de la Russie, même s’il souhaite toujours adhérer à l’OTAN.

L’Arménie, point délicat  

L’Arménie et la Russie ont toujours entretenu des liens de bonne amitié, mais Moscou essaye aussi de bien s’entendre avec l’Azerbaïdjan, adversaire d’Erevan dans le conflit du Karabakh. Cette région a été intégrée par Staline au sein de l’Azerbaïdjan, mais elle est revendiquée par l’Arménie. Cela déboucha sur un conflit ouvert dès les années 1980 qui dura jusqu’en 1994 lorsque la Russie intervint comme médiateur pour établir un cessez-le-feu. La région demeure une zone chaude, même si les confrontations sont moins violentes. La Russie essaye de jouer son rôle de puissance conciliatrice, ce qui est aussi pour elle une façon de ne pas prendre position pour l’un ou l’autre et de conserver une place d’équilibre. 

Quant à la Turquie, elle a cherché à étendre son influence dans le Caucase, profitant de la présence de peuples musulmans. Cela a été un échec relatif. La haine que lui voue l’Arménie d’une part, la méfiance des autres peuples d’autre part, qui n’ont pas un bon souvenir de la rudesse ottoman, font qu’Ankara ne perce pas dans la zone. En dépit de la dislocation de l’URSS, le Caucase demeure une zone d’influence russe. La tentative de putsch en Turquie et la crainte de voir les Kurdes syriens disposer d’un sanctuaire militarisé en Syrie ont provoqué un retournement d’alliance de la Turquie qui s’est rapprochée de Moscou, ce qui était loin d’être évident après l’épisode de l’avion abattu. Les deux pays ont conclu la vente de missiles S-400 russes et la construction du Turkish Stream, qui fait de la Turquie un hub gazier. Acheter des missiles et transporter du gaz, quelle belle façon de sceller une amitié retrouvée. Moscou a ainsi réussi à conserver son influence dans le Caucase et à se maintenir dans une zone qui est sous son ombre depuis désormais plus de trois siècles. 


La criminalité, outil essentiel de l’analyse

 

 

Lorsque je me rends dans un pays étranger, il y a deux lieux que je visite en priorité pour essayer de comprendre celui-ci : les supermarchés et les librairies. Les premiers permettent de comprendre comment les personnes vivent, les seconds comment elles pensent. Les rayons achalandés, les produits vendus, alimentaires et sanitaires, l’organisation même des supermarchés fournissent beaucoup d’informations sur la façon dont les personnes de ce pays ou de cette ville vivent et s’organisent. Quant aux librairies, elles permettent de comprendre les débats actuels, de voir quelles thématiques culturelles sont importantes, bref de prendre le pouls des débats d’idées. Leur présence plus ou moins nombreuse, ou leur absence est déjà un indicateur de la vivacité des échanges intellectuels.

 

Lecture de la presse locale et outils statistiques

 

Mais supermarchés et librairies, tout en offrant un panorama unique sur la société étudiée, restent limités à la face officielle, au monde visible. Il y a tout un pan de la société qui nous échappe alors, la face obscure, criminelle. Raison pour laquelle, pour compléter la compréhension d’un territoire donné, il faut aussi analyser la face sombre de celui-ci, par le biais de l’analyse de la criminalité. Crimes, meurtres, trafics de drogue, proxénétisme, mafias, etc. autant de thèmes souvent désolant, mais néanmoins essentiel pour appréhender une société. Aux supermarchés et aux librairies s’ajoute donc la nécessité de visiter les commissariats et les urgences des hôpitaux pour prendre la dimension de l’autre face de la société. Ces visites sont rarement possibles, mais d’autres outils permettent d’appréhender la criminalité d’un territoire.

 

Les journaux locaux sont ainsi beaucoup plus riches d’information que la presse nationale. Violences conjugales, crimes de sang, arrestation pour trafics, émeutes et caillassages de véhicules, la lecture de ces entrefilets peut devenir déprimante, mais c’est essentiel pour comprendre l’autre vie des sociétés, d’autant que ces faits sont rarement rapportés dans la presse nationale.

 

Brésil, paradis du crime

 

Autre élément statistique important, le nombre de décès par armes à feu et le nombre d’homicides, en valeur absolu et pour 100 000 habitants. Le site gunpolicy.org fournit ainsi tous ces renseignements, qu’il collecte auprès des pays. La limite de cet exercice est que ne figurent ici que les crimes recensés. Il est tout à fait probable qu’un certain nombre d’homicides ne soit pas déclaré, surtout dans les pays où le maillage statistique est moins dense. On peut néanmoins y apprendre beaucoup. Au Brésil, sous la présidence de Lula et de ses épigones (2003-2017), le nombre d’homicides est passé de 51 534 à 62 517. Ce qui donne un ratio pour 100 000 habitants de 28.39 à 30.37. Il y a davantage d’homicides au Brésil que dans un pays en guerre comme la Syrie. Ces données montrent l’échec de la politique de Lula, qui en plus d’avoir endetté son pays et bloqué son développement économique, a provoqué un accroissement sans précédent de la criminalité. Là réside la cause essentielle de la victoire de Jair Bolsonaro. Il a fait campagne sur la promesse de rétablir la paix civile et la sécurité dans les zones infestées par les meurtres. Lui-même a d’ailleurs manqué de peu d’être assassiné durant la campagne électorale.

 

Inutile de crier au complot et d’imaginer une confédération mondiale des populistes regroupant Orban, Salvini, Trump et Bolsonaro. Les Brésiliens n’ont pas voté en regardant l’Italie ou la Hongrie, mais leur rue : puis-je sortir sans me faire agresser ? C’est la demande normale de populations qui souhaitent d’abord que leurs hommes politiques assurent la protection des biens sur le territoire. Que Bolsonaro arrive ou non à rétablir la sécurité est un autre problème. Mais le facteur de la criminalité est essentiel pour comprendre l’état de déshérence du Brésil.

 

Un autre pays se porte mal : l’Afrique du Sud. Alors que le taux d’homicide pour 100 000 habitants était tombé à 33.22 en 2009, il ne cesse de croître depuis lors, atteignant 37.08 en 2017. Il y a plus de 20 000 homicides par an dans le pays.

 

Que ce soit au Brésil, en Afrique du Sud et ailleurs, les homicides ne sont pas tout. Il y a tout un spectre de la criminalité qui va de l’agression, avec ou sans coup, au viol et aux blessures graves. Ces agressions peuvent être très fortement traumatisantes pour les victimes et les poursuivre toute leur vie. Ces éléments ne rentrent pas dans les outils statistiques, mais ce sont autant de blessures faites à la société, sans compter la peur qui s’emparent des populations et qui limite ensuite leurs déplacements. Le coût économique et social de la délinquance est très fort pour les sociétés.

 

Le crime nuit au développement des pays et effraie les investisseurs potentiels. Ainsi, les dix villes les plus violentes au monde, c’est-à-dire celles où il y a le plus d’homicides, se trouvent toute en Amérique latine. Caracas, Acapulco, San Pedro (Honduras) sont les trois premières. En Inde, le prix de la violence a été estimé à 1 200 milliards de $, soit environ 600 $ par habitant et 9% du PNB. Aux États-Unis, la violence par armes à feu coûte 229 milliards de dollars, soit 12.8 millions par jour. Ces dépenses regroupent les traitements médicaux, les frais de justice, les frais de police, les incarcérations, etc. Il est en revanche difficile de chiffrer le manque à gagner de toute la richesse qui aurait été créée en l’absence de violence.

 

Criminalité numérique

 

Tout un nouveau pan de la criminalité concerne la criminalité numérique. Cela regroupe les arnaques en tout genre et les fishing incitant à donner de l’argent. Nous avons probablement tous reçu ces messages émanant d’amis qui nous expliquent qu’ils sont coincés dans un pays étranger après avoir perdu leurs papiers et qu’il faut leur envoyer de l’argent. Un beau cas d’escroquerie, assez efficace.

Il y a également le vol de données, soit par piratage soit par intrusion dans un ordinateur. Les salariés devraient être beaucoup mieux formés à ces questions, car ils font souvent preuve, par ignorance, d’une légèreté qui peut être très dangereuse. Par exemple le fait d’utiliser une adresse gmail ou outlook comme adresse professionnelle. Cela signifie que tous les messages sont stockés dans des serveurs américains et entrent donc sous le coup de l’extraterritorialité américaine. Même les messages supprimés continuent d’être stockés. Il existe pourtant des messageries qui proposent des adresses cryptées non basées aux États-Unis. Le fait de se connecter n’importe où avec son ordinateur en utilisant le réseau public est là aussi très dangereux, car il est facile de pénétrer dans l’appareil et d’en voler les données. L’usage d’un VPN, qui cache les adresses IP et sécurise les connexions est fortement conseillé. Il y a encore trop de personnes qui se connectent sur le réseau des gares et des aéroports, livrant leur smartphone à un potentiel vol de données. De la même façon que l’on apprend aux enfants à traverser la rue et à ne pas suivre les étrangers, il faut apprendre aux professionnels les risques de la cybersécurité et les façons de s’en prémunir.

 

Politique de la ville et criminalité

 

Les villes se gardent bien de communiquer leurs chiffres de la délinquance, surtout quand ils sont mauvais. Grenoble est ainsi devenue la première ville du crime en France. Plaque tournante du trafic de drogue et des armes, c’est là qu’il y a le plus de morts par balle en France, devant Marseille. Les violences contre les personnes ont augmenté de plus de 20% en 2018, à tel point que les syndicats de policiers ont parlé de la ville comme d’un « Chicago français ». En 2017, le procureur de la République, Jean-Yves Coquillat, avait eu des mots très directs : « Je n’ai jamais vu une ville de cette taille aussi pourrie et gangrenée par le trafic de drogue. […] Pas un quartier n’est épargné par ces trafics qui sont à l’origine de la violence qui sévit ici. »

 

Irénisme de certains maires, pour d’autres refus idéologiques de lutter contre les causes de la délinquance, de nombreuses villes de province, autrefois calmes, sont en train de sombrer. C’est le cas de Nantes où, sont l’effet Notre-Dame des Landes, le centre-ville est en train de devenir une ZAD. L’accueil de migrants dans des gymnases et des tentes plantées en centre-ville n’a pas amélioré la situation. Comme le trafic de migrants est, pour une grande partie, organisé par les mafias, celles-ci profitent de l’implantation de ces populations pour développer leurs activités très lucratives. Drogue, proxénétisme, vols, tout cela prospère sur un terrain favorable, au détriment des populations locales. Ainsi vont les choses aussi à proximité de l’ancienne jungle de Calais, qui a certes été démontée, mais qui est toujours en activité, de façon informelle. Les populations locales subissent les nuisances des dégradations et des mafias. Les pouvoirs publics ont plutôt bien réussi à juguler la grande criminalité (il n’y a ainsi plus d’attentat en France), mais ils ont échoué dans le contrôle de l’insécurité quotidienne, qui ne cesse de croître. Or ces coups de canif répété et régulier contre la sécurité finissent par déchirer un tissu social français qui est déjà fort fragile.

 

 

 

 

 

 


Brexit : la victoire de l’Allemagne

De report en report, le Brexit finira bien par avoir lieu un jour, et ce ne sera pas une bonne nouvelle pour la France. Dans la nouvelle Union européenne qui va se construire avec l’absence du Royaume-Uni, la France sera seule face à l’Allemagne. Le Brexit, en privant l’Union d’un poids lourd politique et économique, va assurer la suprématie de l’Allemagne sur l’ensemble du continent européen. Nous voilà revenus aux alentours des années 1870 quand l’Angleterre, prise dans son splendide isolement, a laissé l’empire prussien croître en Europe, au détriment de ses voisins.

 

L’Allemagne contrôle l’UE

 

Qu’est-ce que l’Union européenne, sinon une sorte de IVe Reich imposé sans la force des armes ? Du fait de sa longévité politique, Angela Merkel est la figure politique européenne incontournable et la véritable dame aux commandes du continent. Ce sont les Allemands qui ont le plus de sièges au Parlement (99) et qui l’ont dirigé à deux reprises. L’actuel président du Parlement, l’Italien David Sassoli, a été élu grâce au soutien de l’Allemagne. Sur les 14 vice-présidents du Parlement, on compte trois Allemands et un Autrichien, et aucun Français. Neuf vice-présidents sont issus de l’ancien empire allemand (Hongrie, Tchéquie, Pologne, Autriche, Allemagne). L’Allemagne a également pris le contrôle de la Commission européenne avec Ursula von der Leyen. À ce contrôle politique s’ajoute le contrôle économique : l’euro est un deutschemark qui avance masqué. En contrôlant la dette de plusieurs États, dont la Grèce et l’Italie, l’Allemagne s’assure de leur fidélité politique. La puissance allemande est aussi stratégique. Les services de renseignements allemands sont présents en Ukraine et ils ont joué un rôle de premier plan dans la crise qui secoue le pays depuis plusieurs années. Ils ont favorisé le pourrissement de la situation et les évolutions politiques, Berlin considérant qu’une Ukraine affaiblie contribue à diminuer la puissance russe. Il en va de même dans les Balkans, où Berlin continue de surveiller les évolutions politiques et d’intervenir en sous-main dans le processus d’adhésion des anciens pays de la Yougoslavie. Toute cette zone, qui fut autrefois sous pavillon autrichien, est aujourd’hui dans la zone d’influence allemande.

 

La politique migratoire suivie par l’Union européenne est celle que lui a dictée Berlin, estimant qu’il fallait faire venir des migrants de Syrie pour pallier son manque de main-d’œuvre et maintenir le train de vie des retraités allemands. Même si cette politique a ébranlé le parti d’Angela Merkel, force est de constater que la chancelière est toujours là, alors que beaucoup ne donnait pas cher de son avenir à l’automne 2018. Elle a su habilement manœuvrer pour conserver son poste. Ce que Berlin a voulu en matière migratoire s’est imposé au reste de l’Union.

 

Une France qui abdique sa puissance

 

Face à cela, la France ne pèse pas beaucoup. Incapable de réformer son économie, de réduire le poids de sa dette, de libérer ses entreprises du contrôle tatillon de l’État, la France semble avoir renoncé à la puissance. Il lui reste un outil militaire de grande capacité s’il n’était cette idée stupide de vouloir à tout prix créer une armée européenne, qui ne pourrait pas être autre chose qu’une armée allemande à drapeau européen. Pourquoi vouloir fournir à l’Allemagne la capacité militaire qu’elle n’a pas, alors que cela ne sert nullement les intérêts français ? La France a abdiqué sa puissance et cherche à développer un couple franco-allemand qui la dessert et ne profite qu’à l’Allemagne. On cherche à faire croire que l’Union européenne a permis la paix sur le continent, ce qui est faux. C’est parce que les nations étaient en paix qu’elles ont édifié l’UE et non pas l’inverse. L’Union s’est révélée incapable de résoudre le conflit yougoslave hier et le conflit ukrainien aujourd’hui. Ce sont toujours les nations qui ont mis un terme aux guerres, avec l’aide des États-Unis.

 

Une France nue en quête d’alliance

 

Face à l’Europe allemande que sera une Union sans le Royaume-Uni, que peut faire la France ? D’abord retrouver une vitalité économique et industrielle, en faisant enfin les réformes différées depuis trop longtemps. Le budget 2020 annoncé par le gouvernement Philippe va dans l’exact sens opposé. Aucune réduction de la dépense publique et de la dette n’est prévue. Or face à la puissance économique allemande, il faudra bien opposer, si nous voulons continuer à exister, une puissance économique française.

 

Ensuite, trouver des alliances. À l’intérieur de l’Union européenne, il est vital de se rapprocher de l’Italie et de constituer un axe latin. Il serait aussi possible de le faire avec l’Espagne, mais l’actuel gouvernement espagnol est trop fantasque et imprévisible pour que l’on puisse tenter quoi que ce soit avec lui. Peu importe que le gouvernement italien compte dans ses rangs des membres de la Ligue ou non. L’Italie est notre allié naturel sur le flanc de l’Europe du Sud. Or en France, si l’on regarde beaucoup vers Londres, les États-Unis ou Berlin, l’Italie est souvent absente de notre horizon géopolitique. C’est un tort, car les deux pays ont beaucoup de choses en communs, et pas seulement une histoire d’invasions mutuelles.

 

Il est aussi nécessaire de mettre en place des alliances de revers. Vers les pays baltes d’une part, vers les pays d’Europe centrale d’autre part. Mais à force de vouloir opposer les progressistes aux nationalistes, notre diplomatie s’est coupée de tout le monde. On ne peut pas insulter la Hongrie et la Pologne et ensuite chercher à s’allier avec eux. Or il serait tout à fait possible de se rapprocher du groupe de Visegrad. Mais cela suppose comme préalable d’avoir une diplomatie moins européiste.

 

À l’extérieur, la France pourrait développer des liens diplomatiques privilégiés avec deux pays : la Russie et le Brésil. Là aussi, les liens culturels, économiques et politiques sont anciens et ces pays savent se connaître et s’apprécier. L’alliance avec la Russie s’est toujours construite dans une opposition à l’Allemagne. Paris a son pont Alexandre III, Saint-Pétersbourg a celui de la Trinité ; les deux ont été édifiés en hommage à l’alliance franco-russe. Quant au Brésil, il aurait été judicieux de tendre la main à Jair Bolsonaro et de développer la coopération avec ce grand pays, plutôt que de lui jeter des amabilités à la figure et de s’étonner ensuite qu’il réplique par des propos discourtois eu égard au physique de l’épouse du président. Ces propos de cours d’école n’ont pas vraiment leur place dans la diplomatie internationale et le concert des nations.

 

Engluée dans son moralisme diplomatique et enfermé dans sa vision binaire du monde, la diplomatie française se révèle incapable de comprendre les grands enjeux du moment et de tisser des partenariats réalistes et nécessaires avec des pays qui peuvent être nos alliés. Au lieu de cela, l’Union européenne, qui pourrait être utile dans le monde multipolaire présent, n’est plus une union, mais une domination de l’Allemagne sur l’ensemble du continent.

 

 


La Notion de Légitimité en Politique

Le déploiement de notre nouveau site internet a rencontré des problèmes. Nous avons par conséquent remis en ligne l’ancienne version temporairement le temps de régler ces problèmes. Toutes nos excuses pour ce désagrément.

L’Etat a le monopole de la violence légale, c’est même ce qui le définit et donc il a les moyens de me forcer à obéir. Comme beaucoup de Français, j’aime que l’on m’explique pourquoi je devrais obéir. Et il n’y a que deux explications qui pourront me satisfaire : j’obéis volontairement parce que je comprends le bien-fondé de la demande, ou je le fais parce qu’il y a derrière moi un individu en manteau de cuir gris-vert, respirant très fort dans mon cou et portant une énorme matraque.

Mais l’Etat n’est rien si ce n’est une abstraction commode pour caractériser un ensemble de personnes qui en contrôlent les rouages et qui vont passer des lois et des règlements que je serai obligé de suivre, faute de quoi ils m’enverront leurs gendarmes, comme dans la chanson de Boris Vian « Monsieur le Président, je vous fais une lettre…que vous lirez peut-être…si vous avez le temps… ».

La question est donc : comment sélectionner ce personnel qui aura la possibilité de me mettre en prison ? L’histoire des trois derniers siècles semble avoir montré que le régime le moins mauvais était celui qui permettait à la population non seulement de choisir ceux qui allaient avoir accès au monopole de la violence mais aussi de pouvoir les virer de temps en temps, en général à l’occasion de l’élection suivante. Comme me l’a dit un jour un homme politique anglais d’extrême gauche, Tony Benn, « la démocratie consiste à voter pour quelqu’un dont on se doute qu’il est incompétent et de voter pour le virer 5 ans plus tard, en étant sûr du fait qu’il l’était ». On pense ici à Mélenchon.

La question essentielle de la science politique est donc : comment arriver à organiser dans nos pays ce vote tout en restant certain qu’il sera suivi d’un deuxième vote quelques temps après ce qui est l’essence même de la démocratie.

Une longue et douloureuse expérience a montré que la condition sine-qua-non pour que cela marche est qu’il y ait une volonté de vivre ensemble de la population appelée à voter, c’est-à-dire que la démocratie ne pouvait fonctionner que dans une Nation. Mais pourquoi donc va me dire le lecteur ? Une voix est une voix… Voilà qui est faux, complètement faux.

La démocratie ce n’est pas que le comptage des voix et la victoire de la majorité mais surtout l’acceptation de la défaite par ceux qui ont perdu. Or, ce qui permet d’accepter la défaite si l’on se présente à des élections, c’est la certitude de pouvoir se représenter la fois suivante à de nouvelles élections pour pouvoir gérer cette entité qui « veut vivre ensemble » et qui s’appelle une NATION. Comme le disait Jean-Paul II « La démocratie ne peut fonctionner que dans une Nation », et en tant que Polonais il savait de quoi il parlait.

Voilà qui est acquis, du moins je l’espère. Pour que je puisse poursuivre mon raisonnement il me faut maintenant demander au lecteur d’accepter ce qui pour moi est une évidence et que je résume dans les deux phrases suivantes.

  • Nul ne peut exercer en mon nom une violence légale sur quelqu’un qui ne veut pas vivre avec moi.
  • Et pour ceux qui acceptent de vivre ensemble, cela implique des élections contradictoires, où le perdant accepte sa défaite.

Et bien entendu, c’est dans le refus d’accepter la défaite que naissent tous les problèmes car ceux qui n’admettent pas d’être battus dans un combat loyal sont toujours ceux qui sont certains de détenir la Vérité avec un grand V.  Et ceux-là, par définition veulent accaparer le monopole de la violence que leur donne le pouvoir politique puisqu’ils ont la Vérité, mais rechignent à se présenter tant ils sont rarement élus. Et leurs moyens pour arriver au pouvoir sont toujours les mêmes et tendent toujours à détruire la volonté de vivre ensemble et donc l’idée même de Nation.

Ils commenceront par trafiquer la réalité historique en prétendant que la Nation est dans son essence une mauvaise institution puisque le nationalisme aurait été responsable de toutes les guerres. Foutaise intégrale puisqu’il n’y a jamais eu de guerre entre deux démocraties. Ce qui créée la guerre c’est l’absence de démocratie et non pas la Nation.

Qui plus est, la guerre n’est pas un mal absolu, il peut y avoir des guerres justes (Cf. Saint Thomas d’Aquin) dont un exemple parfait serait la guerre contre le nazisme.

Mais comme c’est toujours d’une volonté nationale clairement exprimée par un vote que vient le danger pour eux, ils feront tout pour détruire la volonté de vivre ensemble qui en constitue le cœur en essayant de créer des groupes antagonistes qui se haïront les uns les autres, hommes noirs contre hommes blancs, hommes contre femmes, immigrés contre ceux qui sont nés dans le pays, homosexuels contre hétérosexuels, nord contre sud….En jouant de ces différences, ils arrivent parfois au pouvoir alors qu’ils sont grotesquement minoritaires. Leur but sera donc toujours de faire naitre et d’entretenir la division et si le peuple se révolte, eh bien, on changera de peuple comme le préconisait Bertolt Brecht : « Le peuple a déçu le Parti, il faut donc changer de peuple ». Et ils s’y emploient activement en favorisant par tous les moyens une immigration dont ils espèrent qu’elle votera pour eux le temps venu.

En plus, et pour foutre en l’air la légitimité qui vient du vote à l’échelle de la Nation ils vont tenter de créer une autre légitimité qui elle ne proviendrait pas d’un vote et donc ne peut être que de nature religieuse… Robespierre en des circonstances similaires avait créé le culte de l’Etre Supreme, les Nazis celui de la race, les communistes le dieu prolétariat et c’est toujours la même idée. Quand on n’aime pas les citoyens et leurs[CG1]  foucades électorales, la seule solution est de créer une religion de remplacement dans l’espoir que le peuple va arrêter de réfléchir.  Pour accélérer la destruction de la Nation il leur fallait donc mettre en place une nouvelle religion, ce qui fut fait. Elle s’appuie sur deux piliers, l’adoration de la déesse Gaia (l’écologie) et le culte des Droits de l’Homme qui s’opposent à ceux du citoyen. Et les vrais croyants comme la pauvre petite ignare Suédoise que l’on balade partout en ce moment, de nous expliquer que de ces deux principes naissent une Légitimité qui est de très loin supérieure à celle provenant des urnes nationales. Mission accomplie donc.

Mais en plus des vrais croyants, il faut essayer d’amadouer ceux qui ne le sont pas et qu’il faut donc enfumer. « On » va soutenir par exemple qu’il existe des problèmes qui ne peuvent être traités à l’échelle nationale, du style pollution, réchauffement atmosphérique, immigration etc… et que ces problèmes requièrent des abandons de souveraineté considérables puisqu’ils ne peuvent pas être traités à l’échelle de la Nation. Il faut donc désigner des « spécialistes » non élus bien sûr, à qui seront délégués les pouvoirs nécessaires. Re- foutaise. Il s’agit la d’un non sequitur logique d’anthologie. Ce genre de questions existe depuis toujours et ceux qui dans le passé étaient chargés de les traiter s’appellent les diplomates, qui rendaient compte à des élus, le lieu des discussions s’appelant des conférences internationales ou des rencontres bilatérales et le résultat, des traités.

Enfin, il est difficile d’exercer le monopole de la violence légitime si l’on n’a pas mis la Justice dans sa poche…  Il leur faut donc capturer la justice de façon à ce que les changements de société qui constituent leur Vérité soient décidés par des juges plutôt que par le vote des peuples. Et pour cela, il leur suffit de ne faire monter dans la hiérarchie judiciaire que ceux qui sacrifient sur les autels de la nouvelle religion. On l’a vu dans l’affaire récente des jeunes identitaires qui ont pris six mois ferme pour avoir défendu la Nation, alors même qu’il n’y avait aucun délit.  Il n’y a rien de plus dangereux pour une démocratie qu’une justice politisée et c’est ce qu’ils veulent organiser. Par contre, si un pouvoir politique élu par le peuple (c’est-à-dire légitime) entend maintenir les juges dans leur domaine qui est d’appliquer le droit et non pas de le créer (ce qui est du ressort du pouvoir législatif), nos nouveaux croyants deviennent ivres de rage, comme on l’a vu au moment de la nomination du dernier Juge à la cour suprême aux USA.

Pour arriver à leurs fins , ils ont aussi besoin de prétendre qu’ils ont « l’opinion publique » (un mauvais substitut au vote du peuple) derrière eux  et pour cela il leur faut contrôler et la presse et les instituts de sondage, ce qui est très facile : il leur suffit, dès qu’ils sont au pouvoir, de faire passer le contrôle de la presse et des instituts de sondage à des grands brigands qui ne prospèrent que grâce à des contrats en provenance de l’Etat dans un système que j’ai appelé maintes fois le capitalisme de copinage, système qui n’a rien à voir avec le libéralisme puisqu’il est son contraire absolu. Que le lecteur se donne la peine de regarder qui possède les journaux, les media ou les instituts de sondage en France ou aux USA et il sera édifié et comprendra la phrase de Mark Twain : « Ceux qui ne lisent pas la presse ne sont pas informés. Ceux qui la lisent sont manipulés ».  Et comme la presse indépendante a disparu, personne ne parlera de rien. Comme le dit l’un de mes amis. En fait : ”il n’y a que deux sortes de journalistes en France, ceux qui ont un boulot et ceux qui sont honnêtes … » Et le but assigné à ces journalistes en voie de prolétarisation rapide est simple : il faut que tout discours contradictoire disparaisse et qu’il y ait un seul « récit » et une seule « vérité officielle ». Comme le disait un autre de mes grands hommes Soljenitsyne : « Imposer une façon et une seule de parler c’est permettre au Pouvoir de repérer immédiatement ceux qui ne parlent pas comme tout le monde » pour, bien entendu, leur faire subir le traitement qu’ils méritent.

Et ce traitement utilisera toujours les mêmes trois outils.

La première étape est de procéder à une excommunication sociale. Ceux qui soutiennent l’idée de la nécessaire prééminence de la Nation seront tournés en ridicule comme étant des vieux crétins, vaguement alcooliques, n’ayant jamais été à l’école et à l’esprit étroit. Pour se faire on utilisera volontiers les caricaturistes qui créeront des personnages parfaitement haïssables et ridicules du style « le beauf », super-Dupont, le curé en soutane ou le para en uniforme. Le résultat est simple : dire que l’on aime son pays revient à devenir un paria social. Plus de diner en ville pour vous, et quant à vos enfants, ils seront regardés de travers à l’école surtout s’ils portent une croix pendant qu’ils passent un oral.

Pour les récalcitrants, la deuxième étape est de tuer professionnellement le coupable. Si la victime est universitaire, il ne sera plus invité nulle part et ses livres ne seront jamais mentionnés. Il suffit pour s’en convaincre de se remémorer ce qui est arrivé aux pauvres professeurs qui ont publié Aristote et le Mont Saint Michel ou le Livre Noir du Communisme. Leur carrière s’est arrêtée là, et cela a fait la meilleure impression sur tous les autres qui sont rentrés dans le rang bien sagement. Pour ceux qui ne sont pas universitaires ou fonctionnaires, c’est à dire ceux qui travaillent dans le secteur privé, « on » utilisera avec profit l’arrêt des commandes étatiques, les contrôles fiscaux, les inspections du travail, les retards de paiements, l’impossibilité d’ouvrir des comptes bancaires, le soutien amical de tel ou tel syndicat pour créer une grève des transports au moment ou l’entrepreneur a besoin de livrer ou d’être livré…

Et si rien de tout cela n’a arrêté le candidat à la mort sociale, il reste la méthode Brejnev : un tel individu ne peut qu’être fou et doit donc être enfermé dans un asile. Et il m’est revenu aux oreilles que cela n’est pas aussi rare que cela. J’y reviendrai peut-être dans les semaines qui viennent avec des exemples.

Dans la réalité cela veut dire que l’accès au monopole de la violence ne vient plus du fait qu’une majorité de la Nation a voté pour ceux qui sont au pouvoir mais trouve sa source dans le fait qu’eux ils sont bons et que ceux qui s’opposent à eux sont donc méchants. Et voilà comment l’on passe sans même s’en rendre compte d’une démocratie à une théocratie, où les méchants doivent être punis comme chacun le sait. Bienvenu au pays des ayatollahs. Et du coup, je ne suis plus puni parce que j’ai commis un crime mais parce que je ne crois pas dans la nouvelle foi.

Mais cela veut dire aussi que je ne suis plus tenu à l’obéissance volontaire. J’ai donc le droit, que dis-je le devoir de me révolter.

Conclusion.

Dans son grand livre que chacun devrait avoir lu, « l’Histoire », Arnold Toynbee explique que le rôle des élites est de traiter à la satisfaction du peuple les problèmes qui se posent à la Nation. Si de fausses solutions sont apportées, le même problème se représentera encore et encore, jusqu’au moment où les élites sont remplacées pacifiquement par une nouvelle élection, par une révolution qui ne sera pas pacifique ou enfin par la disparition pure et simple de la civilisation, ce qui est toujours catastrophique.  L’Europe, à ses débuts a été créée pour éviter la répétition des guerres entre les nations européennes. C’était une bonne solution. Comme nous n’avons plus ni armée ni enfants en Europe, le problème des guerres peut être considéré comme résolu. Mais il y a d’autres problèmes qui eux ne le sont pas et ne seront pas résolus par plus d’Europe, mais par moins d’Europe. Et la seule chose que l’on nous propose est encore et toujours plus d’Europe. Et cette solution est refusée par les peuples à chaque fois qu’ils le peuvent. Et que font nos hommes de Davos, car c’est d’eux qu’il s’agit bien sûr, devant ce refus ? Ils essaient de rester au pouvoir contre la volonté des peuples.

En Grande-Bretagne, ils mobilisent ceux qu’ils ont fait élire au Parlement Britannique et qui représentent 75 % des députés pour empêcher à tout prix la volonté du peuple d’être mise en œuvre. En Italie, ou 75 % des électeurs ont voté pour des partis anti-européens, « ils » magouillent comme seuls des politiciens peuvent le faire et nous avons maintenant à nouveau un gouvernement Italien aux ordres de Bruxelles, ce qui ne peut que mal se terminer.

En France, aux élections présidentielles, les anti-européens ont eu au moins 55 % des suffrages, moyennant quoi nous nous retrouvons avec le gouvernement le plus européen de toute notre histoire. Et notre Président signe à tour de bras de nouveaux abandons de souveraineté (Traité de Marrakech) et n’a pas de mots assez durs pour notre identité historique…

En Allemagne, l’AFD ne cesse de monter. En Hongrie, en Pologne, les partisans de la Nation comme socle de la démocratie sont déjà au pouvoir, mais sont attaqués comme illégitimes par Bruxelles et ses laquais.

Le résultat est évident : nos élites sont le problème dont il faut débarrasser notre pays puisqu’elles ne comprennent rien aux défis que doivent relever nos pays. Elles ont donc failli et donc ne sont plus légitimes et je crois qu’une majorité de Français partage ce diagnostic. Il est temps de remplacer nos dirigeants. Un renouvellement par les élections serait de loin la meilleure des solutions. Faute de quoi il se passera dans la rue.

 


L’écologisme, la grande menace pour l’homme

Les vacances d’été sont l’occasion de traverser la France et d’en admirer les paysages, dont la diversité ne cesse d’étonner. Que ce soient les villes et villages historiques, les sites industriels ou les zones rurales, chaque région regorge de trésors, que l’on doit au travail des Français accumulés depuis des siècles et à leur capacité à transformer et développer les paysages. Bien souvent ces forêts, ces plaines, ces vignobles sont présentés comme étant des espaces naturels. Rien n’est plus faux : ce sont des paysages entièrement construits et entretenus par l’homme.

 

J’étais ainsi au mois de juillet à Gigondas, un village de vignoble situé au pied des dentelles de Montmirail, le long de la vallée du Rhône, non loin de Châteauneuf-du-Pape. Le syndicat des vignerons de Gigondas y organisait une dégustation de ses vins, dont une quinzaine de vieux millésimes. Depuis les hospices de Gigondas, sur les hauteurs du village, à côté de l’église, la vue était superbe sur toute la vallée et les vignes qui s’étendent jusqu’à l’horizon. Entre la chaleur de juillet et celle du vin, difficile d’imaginer tout le travail qu’il a fallu mener ici depuis des siècles pour transformer cette terre inhospitalière en un paradis viticole. Les hommes ont retiré les pierres des champs pour créer des parcelles cultivables et édifier des murets (les restanques). Ils ont apporté l’irrigation à l’aide de canaux en argile et aujourd’hui de tuyaux en polymère. Ils ont chassé le loup, véritable plaie qui s’en prenait aux hommes et aux moutons. Ils ont sélectionné les plants de vigne pour élaborer de nouveaux cépages, aptes à supporter les caractéristiques de la région (ici essentiellement syrah et grenache). Ils ont mis au point des produits phytosanitaires qui sauvent les vignes et les cultures de toutes les bactéries et bestioles nuisibles qui la tuent. Seul le phylloxéra, qui a ravagé tout le vignoble français, est encore invaincu. Dans les paysages de vigne, il y a du végétal, mais il n’y a rien de naturel. Tout est la conséquence du travail de l’homme, de son imagination, de ses efforts et de sa capacité à transformer une nature hostile et dangereuse en un verger merveilleux. « Laisser la nature reprendre ses droits » comme on l’entend parfois, c’est abandonner ses vergers et ses jardins à la broussaille, aux ronces et aux pierres.

 

L’écologie, c’est jardiner les paysages

 

L’idéologie écologiste est aujourd’hui l’une des grandes menaces qui planent sur l’être humain, car derrière son discours sur le salut de la nature il y a surtout la volonté d’éradiquer l’homme. Elle est dérivée du marxisme, qui a déjà fait tant de morts. Elle nie l’existence de la nature humaine et voue une haine sans fin à l’homme. Le marxisme disait lutter pour la justice et le développement des peuples. Qui pouvait être contre ? Nous sommes tous pour la justice et le développement. L’écologisme dit vouloir sauver la planète, protéger les espaces sensibles, limiter la pollution. Là aussi, qui peut être contre ? Mais derrière ce message vert se cache la négation de l’humanité. L’écologisme ne pourra s’imposer que par la violence, comme le marxisme soviétique, il bâtira de nouveaux camps de concentration, il alignera les morts. Son erreur est à la source même de son idéologie. Il idolâtre la nature, il déteste l’homme, il veut bâtir une nouvelle société qui ne peut se faire que par la violence et la coercition. Il se nourrit aussi de l’ignorance, notamment quant à la construction des espaces naturels. Trop de personnes pensent encore que la nature est gentille, alors qu’elle est dangereuse et mortelle. S’il a fallu attendre le milieu du XIXe siècle pour que les Européens commencent à se baigner c’est que pendant longtemps le littoral a été un espace de mort, infesté de moustiques, de marécages et de paludisme. Les plages de France n’avaient pas le charme qu’elles ont aujourd’hui. Lorsque les Français se sont rendus en Algérie, à partir de 1830, nombreux sont ceux qui sont morts du choléra, du paludisme et des fièvres, qui ont tué près d’un tiers des effectifs militaires. Il a fallu assécher le marécage de la Mitidja et développer des médicaments contre ces maladies. La Camargue, si belle aujourd’hui avec ses gardians et ses taureaux, était une zone infestée de maladies jusqu’à la fin du XIXe siècle. Les Landes étaient une zone plate de bruyères et de pierre, avant que Napoléon III n’en fasse une vaste forêt de pins, plantés ex nihilo. De même pour la Sologne, marécage planté de chênes et de hêtres pour en faire une réserve de chasse.

 

L’homme est créateur de biodiversité

 

L’homme est aujourd’hui perçu comme un destructeur de biodiversité, alors que c’est lui qui crée la biodiversité. On lui doit la création de centaines d’espèces de vignes, adaptées à des climats et des sols très variés. Si l’on devait se contenter de la vitis viniferaoriginale nous n’aurions qu’une liane dégénérée bien incapable de produire les grands crus que l’on aime. À l’époque de Pline l’Ancien, du temps de l’explosion du Vésuve, il y avait une centaine de variétés de pommes dans l’Empire romain. On en ressence aujourd’hui 20 000, toutes créées par l’homme (fuji, granny smith, chantecler, etc.). Les vaches que l’on aperçoit dans nos campagnes sont nées au XIXe siècle. Elles sont le fruit de croisements d’espèces et de sélections génétiques pour avoir des animaux producteurs de lait ou de viande. Dans les années 1820, le poids moyen d’une vache était de 100 kilogrammes. Aujourd’hui, les vaches à viande frisent les 900 kg. Les fruits et les légumes que nous mangeons sont eux aussi le résultat de sélections et de croisements, dont la fameuse clémentine de Corse, inventée par le père Clément dans les jardins de son monastère d’Algérie. L’homme n’est pas un danger pour la nature ; il est celui qui permet son accomplissement et le développement des espèces naturelles existantes. Or les écologistes voient en l’homme un prédateur, un nuisible qu’il faudrait au mieux contenir au pire supprimer. Sans l’homme, il n’y aurait que chaos de friches et espèces végétales rabougries.

 

Faire peur pour soumettre

 

Sylvie Brunel est une géographe que j’apprécie beaucoup, car elle sait faire aimer la géographie. Elle a longtemps dirigé une ONG et est désormais professeur à Sorbonne-Université, et éleveuse de chevaux dans la Drôme. Elle a écrit plusieurs ouvrages sur le développement durable, l’alimentation, l’écologie, tous pertinents et très éloignés des discours apocalyptiques. Elle vient de publier Toutes ces idées qui nous gâchent la vieoù elle démonte le discours catastrophiste des Khmers verts. Elle y rappelle notamment les formidables progrès humains, la façon dont les maladies ont été vaincues, grâce aux vaccins et aux médicaments, l’amélioration des conditions de vie. Un chiffre est à cet égard éloquent, celui du taux de mortalité infantile, c’est-à-dire le nombre de bébés qui meurent avant d’avoir atteint un an. Pour la France, ce taux est de 15.4‰ en 1973, 4.5‰ en 2008 et 3.5‰ en 2018. Il résume à lui seul les immenses progrès accomplis dans le domaine de la santé. Or les écologistes ne jouent que sur un seul ressort : la peur. Il s’agit de tétaniser la population par des prévisions apocalyptiques, afin de provoquer un effet de sidération et d’empêcher toute réflexion. Or de toutes les prévisions catastrophistes effectuées ces trente dernières années, aucune ne s’est révélée exacte.

 

On voit ainsi Henri Sannier, dans un JT d’Antenne 2 du 29 juin 1989, présenter un rapport de l’ONU où est évoqué le fait qu’avec le réchauffement climatique, d’ici dix ans, de nombreux pays seront sous l’eau, dont les Pays-Bas, les Seychelles, les Maldives. Rien de tout cela n’est arrivé. En revanche, en juin 1989, personne n’avait prévu les événements qui allaient se dérouler à Berlin quatre mois plus tard.

 

La peur contre l’environnement

 

La peur empêche de réfléchir sereinement aux façons de mettre en valeur et de protéger l’environnement. Comment limiter la pollution des eaux et des sols, comment disposer d’un air pur, comment assurer l’accès aux matières premières indispensables au développement humain ? L’écologisme empêche de réfléchir à l’écologie humaine authentique. La saison de la chasse va bientôt s’ouvrir. Les chasseurs sont indispensables au maintien de l’équilibre animal. S’il y a trop de sangliers, ce qui est le cas dans de nombreuses régions, ceux-ci développent la peste porcine et meurent en grand nombre, transmettant la maladie aux porcs d’élevage, comme c’est actuellement le cas en Europe de l’Est et en Belgique. Il est donc primordial de réguler la population de sangliers. Comme celle des cervidés. Trop nombreux en Alsace, ils mangent les jeunes pousses et frottent leurs bois contre le tronc des arbres, ce qui déchire l’écorce et favorise le développement des maladies, menaçant l’avenir de la forêt vosgienne. La région Alsace fait appel à des chasseurs d’autres régions pour réguler le cheptel de cervidés. Face aux discours de peur et de haine à l’égard de l’homme, il est essentiel de revenir à une meilleure connaissance de la nature et au rôle de l’homme dans le développement de celle-ci. C’est la seule condition pour aimer la nature, développer et protéger les paysages, et assurer le développement authentique de l’homme.

 

 

 

 

 

 


Socialisme urbain égal faillite des villes

 

 

Le socialisme est très prévisible : il assure la faillite de tous les systèmes où il est appliqué. Cela est valable pour un secteur économique, un pays, une ville. La ville est un objet d’étude géopolitique curieux. Elle est essentielle, puisque c’est là que se concentre la population, la richesse économique, les lieux de pouvoirs. Mais elle occupe un espace beaucoup plus restreint que les campagnes, donc moins visible au niveau de la cartographie. Un point a moins d’effet qu’un espace. Raison pour laquelle, entre autres, l’objet urbain est assez peu étudié. Paris fait de moins en moins rêver : prix du logement très élevé, insécurité, congestion des transports, risque d’attentat, etc. Longtemps, la capitale a été perçue comme un lieu de promotion humaine. Aujourd’hui, elle est vue par beaucoup comme un lieu répulsif que l’on souhaite quitter. Effet de mode ? Pas seulement. Cela est dû à la confrontation de deux réalités : l’amélioration des villes moyennes, la dégradation de Paris, sous l’effet du socialisme municipal.

 

Paris perd son avantage comparatif

 

Dans les années 1960-1970, il y avait un vrai avantage comparatif à habiter à Paris. On y trouvait des emplois très qualifiés, un meilleur salaire, et un mode de vie plus qualitatif qu’en province et, a fortiori, à la campagne. À Paris, les films sortaient au cinéma plutôt qu’en banlieue. Les magasins étaient plus modernes, plus liés à la mode. On trouvait aussi des musées, des théâtres, des expositions qu’il n’y avait pas ailleurs. Un idiot à Paris, film de Serge Korber paru en 1967, illustre cet état de fait. Jean Lefebvre, dans l’un de ses meilleurs rôles, est débarqué de l’Allier aux Halles de Paris. Il découvre les feux tricolores, la vie parisienne et la Tour Eiffel. Le contraste entre sa vie provinciale et la vie parisienne est immense. Aujourd’hui, il y a assez peu de différences fondamentales entre une vie à Moulins et une vie à Paris. La technologie a permis d’araser l’espace et de réduire l’avantage comparatif de la capitale. Les films sortent au cinéma en même temps, les grandes villes de province ont presque toutes des zéniths qui reçoivent les tournées parisiennes, la télévision aplanit l’espace et raccourcis le temps de diffusion des modes entre la région capitale et les villes de province. L’équipement des maisons et appartements ne présente plus de différences fondamentales entre les villes, à l’inverse de ce qui existait encore dans les années 1970. Un autre film en témoigne, Le clan des Siciliens(1967) et l’appartement moderne en formica orange de Vittorio Manalese (Jean Gabin). Avec Netflix et Amazon, l’espace est effacé. À condition de disposer d’une bonne connexion internet, chacun a accès aux séries, aux livres et aux objets, sans nécessité d’habiter à proximité d’un cinéma, d’une librairie universitaire et d’un bazar de l’hôtel de ville. La capitale, onéreuse, congestionnée, bruyante, est donc dévalorisée.

 

Le socialisme urbain en action

 

Cette révolution technologique conduit à une redéfinition de l’espace et à une nouvelle organisation, qui se fait librement, selon les affinités des personnes. Ce que n’ont pas compris les tenants du socialisme urbain, qui veulent encore modeler les espaces selon leurs idées, par la violence et la coercition. Ainsi, il a été décidé que la voiture était indésirable. La façon la plus logique et la plus respectueuse de régler ce problème était de rendre inutile un certain nombre de déplacements. Par exemple en développant le travail à domicile. Tout le monde ne travaillera pas depuis chez soi, mais si ce nombre atteint 10% de la population, c’est toujours cela de moins dans les transports individuels et collectifs. La livraison à domicile, via Amazon ou Uber a aussi du bon : elle limite le nombre de transports. La solution consiste donc à rendre inutile un certain nombre de déplacements, ce que permet aujourd’hui de nombreuses innovations techniques.

 

Au lieu de cela, les socialistes urbains, qui ont toujours des attitudes opposées à la raison et à la technique, ont décidé d’interdire. Non pas rendre inutiles les déplacements, mais les rendre impossibles. Réduction du nombre de voies pour créer des bouchons (la joie des embouteillages à Paris à 1h du matin), création de pistes cyclables et de pistes de bus où peu de monde se presse. En toute bonne logique, si l’on voulait rendre la voiture inutile, il aurait fallu augmenter le nombre de bus en circulation, climatiser les transports en commun, et assurer la sécurité de ces moyens de transport, à toute heure du jour et de la nuit. Qui n’a pas voyagé debout et serré dans des rames de métro en période de canicule n’a pas connu la douceur de vivre sous le règne d’Anne Hidalgo. Le tout s’accompagne de la modification de la langue : on parle ainsi de « mobilité douce » pour le vélo, qui demande pourtant plus d’effort physique que la voiture.

 

Par mimétisme, on voit toute une série de villes de province, dirigées par des maires dit de gauche ou dit de droite, se livrer aux mêmes aberrations : empêcher la circulation dans les centres-villes. Cela passe par la piétonnisation, la réduction des voies de circulation, la création de tramways, très couteux à l’investissement et au fonctionnement. Et que se passe-t-il quand on empêche des personnes de venir dans un lieu ? Eh bien elles ne viennent pas. Ce qui signifie que les commerces et les activités culturelles n’ont plus assez de clients. Donc ils ferment. On apprend ainsi aux détours d’articles de presse que l’association des théâtres privés parisiens s’est plainte à Anne Hidalgo de la diminution de leur fréquentation du fait de la raréfaction des spectateurs franciliens. Les habitants de la première et seconde couronne parisienne ne peuvent plus venir dans les théâtres parisiens : l’accès en voiture leur est interdit et ils ne peuvent plus se garer. Il leur reste les transports en commun. Mais les RER s’arrêtent trop tôt par rapport à la sortie des théâtres et on apprend que les dames (les messieurs aussi) ne se sentent pas trop en sécurité à minuit dans le RER. À force de dresser des murs, Paris s’étonne de manquer d’attractivité.

 

Amélioration culturelle des villes moyennes

 

À cela s’ajoute le fait que les villes moyennes se sont équipées en salles culturelles. Les grandes villes de banlieues ont toute des programmations théâtrales qui font jeu égal avec les salles parisiennes. Le déplacement à Paris, déjà impossible, devient en plus inutile.

Or les salles ont un modèle économique qui repose sur un bassin de population de 12 millions d’habitants. Grâce au socialisme urbain, leur bassin se réduit pour rejoindre la taille de Paris, soit deux millions. Beaucoup vont donc fermer. Bien évidemment, au lieu de demander l’arrêt du socialisme qui le tue, le patient demande l’accélération de la maladie, c’est-à-dire des subventions.

 

Le même phénomène joue en province, dans les grandes et les petites villes. C’est charmant un centre piétonnier, mais les familles font les courses en voiture. Donc, chassées des centres-villes, elles se rendent dans les centres commerciaux, qui correspondent davantage à leur mode de vie. Les centres-villes se meurent. Sans être un grand devin, on peut être certain que les maires et les associations de commerçants vont demander la création d’une Taxe sur le commerce de périphérie afin de financer le commerce de centre-ville qu’ils ont tué.

 

La socialisation du logement

 

Quand on veut faire passer une mesure injuste qui nuit au plus faible, on y accole l’adjectif « social » et elle se pare ainsi de toutes les vertus. Résumons l’affaire : en certains lieux, le logement est très cher pour les revenus moyens, notamment à Paris. Deux solutions semblent donc nécessaires pour résoudre ce problème : accroître l’offre de logement et augmenter les salaires. Les rémunérations sont tellement ponctionnées par l’impôt qu’ensuite l’État revêt son armure de chevalier blanc en venant offrir un logement dit social. Outre que ce type de logement est souvent utilisé à des fins électoralistes, il n’a rien de social. C’est l’exemple parfait de la saignée : on ponctionne beaucoup, on redonne un peu. Diminuons les charges qui pèsent sur les salaires et les travailleurs auront davantage de moyens pour se loger. L’encadrement des loyers est la typique mesure socialiste qui conduit à l’inverse de l’effet recherché. Avec l’encadrement, il y aura de moins en moins de biens loués, et donc une pression sur les prix. Paris perd ainsi près de 10 000 habitants par an, ce qui donne une idée de la mauvaise santé humaine de cette ville.

 

Malheureusement, le socialisme urbain a encore bonne presse. Anne Hidalgo ne fait que poursuivre la politique mise en place par son prédécesseur, Bertrand Delanoë. Si Benjamin Grivaux venait à lui succéder, il suivrait la même politique sur le fond, quoique moins outrancier dans la forme. La rupture avec ce type de socialisme n’est pas arrivée.

 

Penser l’échange pour penser la ville

 

La conséquence, c’est que les gens vivent mal, que des territoires agraires sont détruits afin de permettre une urbanisation qui s’étend, au lieu de pratiquer une véritable valorisation des centres-villes. Penser la ville de demain, ce n’est pas remplacer les voitures par des vélos et faire des murs végétalisés. C’est penser un élément essentiel de la vie humaine, à savoir les conditions de l’échange. Si on empêche les échanges en bâtissant des murs (voies cyclables, bouchons, métro non climatisé), on détruit l’activité humaine. Amazon et ses confrères sont une chance pour les villes, car ils limitent les raisons de se déplacer et ils permettent d’accéder à des biens et des services innombrables et de qualité. Le chèque éducation permettrait de créer de nombreuses écoles de petite taille dans les villages et les petites villes, limitant ainsi les déplacements des personnes et permettant aux professeurs de venir s’installer dans les déserts éducatifs. Diminuer les charges pesant sur la rénovation urbaine rendrait plus profitable la rénovation des maisons de centre bourg et centre-ville, aujourd’hui beaucoup plus onéreuse que la construction d’un pavillon dans une zone extensive. L’architecture est le reflet d’une époque et la géopolitique urbaine est la conséquence d’une philosophie politique : socialiste ou libérale, elle conduit à détruire la qualité des espaces ou au contraire à les rendre plus agréables.