Chroniques de la fin de l’augmentation des dépenses publiques

 

 

Aucun effort sérieux de réduction des dépenses publiquesn’a été entrepris en France depuis cinquante ans.  Tout l’appareil productif a été mis en France au service du financement du secteur public et des dépenses sociales dans le cadre d’un système extrêmement dispendieux de redistribution peu contrôlé et sans véritable culture d’efficacité.

 

Plusieurs organismes ont été créés en plus de la Cour des Comptes ces dernières annéespour aider les gouvernements de droite et de gauche à gérer le problème. Le Conseil National des Finances Publiques était composé de personnalités indépendantes et disposant d’experts pour porter un jugement sur les dépenses de l’Etat et de la protection sociale. Il devait être bâti sur le modèle du “Congressional Budget Office” américain. Il a été remplacé par le Haut Conseil des Finances Publiques composé de 33 membres.  Il se réunit deux fois dans l’année. On ne peut pas dire que les résultats obtenus soient très marquants.

 

La France reste championne des dépenses socialeset la diminution des dépenses publiques imposerait de revisiter toutes les fonctions de l’état qui sont toutes sans exception moins onéreuses en Allemagne que chez nous. Les dépenses d’éducation, sont mieux gérées en Allemagne. Elle parvient à payer ses enseignants 35% de plus qu’en France alors qu’ils sont plus nombreux.

Le dossier des intermittents et techniciens du spectacle, a beau être dénoncé depuis des années pour ses dérives massives. Rien ne se passe alors que ce régime est lourdement déficitaire.

La pénurie de logement n’a jamais été comblée depuis l’abbé Pierre malgré mille dispositifs, dix mille décrets, cent mille déclarations de ministres et des dépenses publiques deux à trois fois supérieures à celle des autres pays…

 

Depuis dix ans la dérive des comptes publics s’est emballée, écrivait Michel Pébereau en 2006. La France à cette date était le pays de l’Union européenne dont le taux d’endettement avait augmenté le plus vite. Cette dérive était d’autant plus préoccupante que les dépenses accumulées n’ont pas servi à renforcer notre potentiel de croissance mais ont eu pour effet de reporter nos dépenses actuelles de santé et d’indemnisation du chômage sur les générations futures. Son livre « La France face à sa dette »avait connu un bon succès.  La dette publique était de 1 138 milliards d’euros en 2005, soit 41 000 euros par ménage, soit à l’époque 45 milliards d’euros d’intérêts à rembourser chaque année, ce qui représentait l’intégralité des recettes de l’impôt sur le revenu. Aujourd’hui elle a dépassé 2300 Md€ Pour lui, si la tendance se prolongeait sans aucun changement, il devenait tout à fait possible que l’on assiste à la banqueroute de la France….

 

La dépense publique française dépasse celle des 18 autres pays de la Zone Euro de 9 points de PIB et celle de l’Allemagne de 12 points de PIB. C’est un constat sans appel que dresse Christian Saint Etiennedans « Baisser les dépenses publiques et réindustrialiser la France ».Les dépenses de retraite atteignent 14 points de PIB. Il n’y aura donc pas de baisse de la dépense publique sans réforme des retraites.  Il conviendrait selon lui de ramener les 42 régimes de retraite existants à 3 régimes destinés aux fonctionnaires, aux salariés, aux indépendants. Une réforme des retraites permettrait d’économiser 25 Md€ sur 6 ans.

 

Comment baisser la dépense publique.La feuille de route a de nombreuses fois été expliquée par Agnès Verdier-Molinié, notamment dans Valeurs Actuelles. Elle prévoit cinq étapes :  1/ Décaler l’âge de départ à la retraite à 65 ans d’ici 2028 en reportant d’un quadrimestre pour tous les salariés à partir de 2020 (=10 Md€ d’économies); 2/Aligner les modes de calcul des pensions publiques et des régimes spéciaux sur le régime général (= 2Md€ d’économies); 3/ Supprimer le supplément familial de traitement que les fonctionnaires touchent en plus de leurs allocations familiales (=plus d’1 Md€ d’économies); 4/ Augmenter le temps de travail dans les trois fonctions publiques à 1718 h par an (= 6Md€ d’économies); 5/ Fusionner toutes les allocations sous condition de ressources en une allocation sociale unique et plafonnée (= plusieurs Md€ d’économies)

 

Désormais, la dette menace notre démocratie,car celui qui ne peut plus honorer sa dette perd la liberté de disposer de lui-même. Alain Lambertdans « Déficits publics. La démocratie en danger »explique  que chaque enfant nait, en France, surendetté. Alors que sa vie commence à peine, il doit déjà près de 20 000 euros à la société. Un constat brutal, mais bien réel tant les générations précédentes ont usé et abusé des finances publiques. Un tel bilan peut sembler excessif, mais lorsqu’il émane d’Alain Lambert, ancien ministre du Budget il mérite d’être écouté. Comment en est-on arrive la ? A qui la faute ? A la droite, a la gauche ? Aux politiciens ou aux administrations ? Aux cadeaux fiscaux ou a l’excès de dépenses ? La réponse se trouve dans une gouvernance kafkaienne de la France. Il montre aussi que des remèdes existent.

L’histoire montre bien que si l’endettement peut entraîner des effets positifs à la marge, il se solde la plupart du temps par une mise sous dépendance économique du débiteur. C’est ce que montrent bienThomas Flichy de La Neuville et Olivier Hannedans « L’endettement ou le crépuscule des peuples »

 

A force de s’attaquer aux « riches » du privé,on oublie souvent ceux qui s’enrichissent sur le dos de l’État et des contribuables : les politiques, les hauts fonctionnaires, certaines catégories d’agents du service public profitent pleinement des dépenses publiques faites par un État hors-contrôle. C’est tout ce que montre bien le livre de Jean Philippe Delsol et Nicolas Lecaussin« A quoi servent les riches ».Les riches servent-ils à quelque chose à part à être des boucs émissaires faciles dans des campagnes dont les arguments traînent au niveau du caniveau.  Cet essai cherche aussi à démontrer qu’à l’inverse de ce qu’énonce le discours politiquement correct, il faut récompenser l’initiative et favoriser la richesse pour réduire la pauvreté. Plus le nombre de riches augmente, moins on a de pauvres.

 

La France possède le trophée du nombre de fonctionnaires par habitant. Nicolas Lecaussindans « Ce n’est pas l’Europe qui est ultralibérale mais la France qui est ultraétatiste » estime qu’ Emmanuel Macron a eu tort de s’en  prendre à “L’Europe ultra libérale et ouverte à tous les vents”, “Une Europe qui ne permet plus aux classes moyennes de bien vivre”. Il y a une Europe favorable à la concurrence et à la discipline budgétaire. Un chef d’entreprise français paye pratiquement 100% de charges sur un salaire net. Pour son équivalent slovaque ou roumain c’est la moitié. Quant à l’écart avec l’Allemagne il est de vingt points. Les contribuables français financent les dépenses publiques à hauteur de 57% contre 46% pour la moyenne européenne..

 

Avec 57% consacré à la dépense publique on est encore très loin du libéralisme. La liberté se nourrit d’un héritage, d’une langue, d’une éthique, dont la déconstruction qui a pourtant été opérée depuis cinquante ans au nom de l’émancipation individuelle ne peut mener qu’à une aliénation définitive. Le propre de cette génération c’est l’immense ingratitude qui se complait à déconstruire la culture dont elle a pourtant reçu toute sa liberté. François Xavier Bellamydans « Les déshérités ou l’urgence de transmettre »s’insurge contre cette ère de la déconstruction et en appelle à la culture l’autorité et à l’urgence de transmettre

 

Chaque augmentation d’impôt  de un Eurodevrait impérativement s’accompagner d’une baisse des dépenses égale à deux Euros. Telle est la recommandation de Denis Kesslerdans L’Expansiondepuis des années. Cela signifierait une petite rigueur pour le contribuable et une grande austérité pour les services publics. Sans cette potion amère, la France pourrait voir les taux des emprunts d’état augmenter de deux points et passer de 3 à 5% sur le total de la dette soit l’équivalent de l’impôt sur le revenu.