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Les hommages aux dames du temps jadis sont monnaies courantes même chez les politiques et je ne peux jamais évoquer le nom d’un ancien président de la République sans penser à cette merveilleuse saillie de Santini au moment des obsèques de François Mitterrand : « on en fait beaucoup disait-il surtout comparé à ce que l’on avait fait pour les obsèques de Giscard ».

Concernant Pompidou, le débat est sérieux et le devoir de mémoire  est étayé avec brio par l’excellent Gaspard Koenig philosophe et écrivain et vice Président du Parti Libéral Démocrate (avec qui collabore l’Institut des Libertés) dans un article paru le 21 mars dans Valeurs actuelles.

EXTRAIT:

« Cultivé, moderne, connaisseur de l’entreprise, ennemi des excès réglementaires et antisocialiste, il voulait faciliter la vie des Français, et non la changer.

Puisque les anciens présidents de la République sont à la mode, j’aimerais rappeler à notre souvenir celui qui reste à mes yeux le plus admirable de l’histoire de la Ve : Georges Pompidou, à tort négligé, mais qui aura occupé l’Élysée durant l’équivalent d’un quinquennat. La lecture de ses lettres et notes, récemment éditées par son fils Alain, témoigne de qualités que l’on aimerait voir réunies chez ses successeurs. Tentons de les résumer.

Une vraie culture. De l’hypokhâgneux dissertant sur ses problèmes existentiels au président échangeant de longues lettres avec François Mauriac, en passant par l’esthète amoureux de Vasarely, Pompidou apparaît comme un homme de lettres et de goût, un homme doté de pensées de derrière, pour reprendre l’expression de Pascal, qui lui permettaient d’observer avec un certain recul les chicaneries politiques. Son style est classique mais vif, un peu à la manière de Morand. Quel autre président aurait pu écrire : « Je suis en marge du bonheur » ? Quel autre aurait lutté contre ses ministres et leur administration pour défendre les arbres sur les routes nationales ?

Un esprit moderne. À 20 ans, Pompidou disait de Barrès : « Il a raison au fond de montrer que la culture déracine mais, précisément, c’est son avantage, à mon humble avis, et rien n’est plus odieux que le particularisme. » Ce déracinement, Pompidou l’a vécu dans sa passion pour l’art moderne, mais aussi et plus profondément dans son intérêt pour la technologie et le nouvel art de vivre qu’elle définissait. Voies rapides, TGV, Airbus, villes nouvelles, écologie : Pompidou s’est efforcé d’accompagner la modernité avec une foi dans le progrès et un courage visionnaire qu’on aimerait retrouver dans les débats actuels.

Une authentique compréhension des mécanismes économiques. Pompidou reste jusqu’à aujourd’hui le seul président de la Ve à avoir eu une réelle expérience dans le secteur privé, comme directeur général de la banque Rothschild, où il s’est notamment occupé d’industrialisation de l’Afrique. Il en tira une compétence économique, en s’employant sur le plan extérieur à abaisser les tarifs douaniers, et sur le plan intérieur à promouvoir la concurrence, dans la lignée des travaux de Jacques Rueff. « L’expérience montre que les réformes qui vont contre la réalité économique échouent toujours », écrit-il. Certains feraient bien de s’en inspirer…

Un antisocialisme total. Pompidou assume, bien plus clairement que de Gaulle, son hostilité à la doctrine socialiste. “Débarrasser la France des communistes”, s’assigne-t-il déjà comme objectif après la guerre. Il n’aura de cesse de dénoncer l’endoctrinement idéologique dans les universités et de déplorer les biais marxisants des manuels d’économie et de philosophie. Sa perplexité devant l’évolution de Mitterrand prête à sourire : « Il suffit de le voir pour se rendre compte qu’il n’est pas socialiste »…

Le non-interventionnisme. Pompidou possédait cette sagesse exceptionnelle pour un dirigeant : savoir ne pas faire. Il appliqua cette stratégie du benign neglect, ce souci de règles simples et peu nombreuses, à tous les domaines. L’économie : libérale. La presse : « C’est la presse qui doit créer elle-même les conditions de sa morale, puisque jamais ni la loi ni la justice françaises n’ont été capables de trouver un moyen terme entre la censure et la pire licence. » Et même… la sécurité routière : « La complication recherchée à plaisir dans la signalisation sous toutes ses formes est une cause supplémentaire d’accidents. » Ainsi Pompidou témoignait-il d’un humanisme, respectueux de l’individu et de ses choix.

On a souvent attribué à Pompidou cette jolie phrase : « Cessez d’emmerder les Français ! »

 

Qu’elle soit ou non apocryphe, il est certain qu’il a toujours cherché, par son action, non pas à changer la vie de ses concitoyens, mais à la faciliter. Tâche peut-être moins exaltante, mais ô combien plus subtile et exigeante !

 

Article d’origine

Avec tous nos remerciements

 

http://www.valeursactuelles.com/éloge-pompidou20130319.html

Catégories: idlibertes, Lettres Arts

Auteur: idlibertes

Profession de foi de IdL: *Je suis libéral, c'est à dire partisan de la liberté individuelle comme valeur fondamentale. *Je ne crois pas que libéralisme soit une une théorie économique mais plutôt une théorie de comment appliquer le Droit au capitalisme pour que ce dernier fonctionne à la satisfaction générale. *Le libéralisme est une théorie philosophique appliquée au Droit, et pas à l'Economie qui vient très loin derrière dans les préoccupations de Constant, Tocqueville , Bastiat, Raymond Aron, Jean-François Revel et bien d'autres; *Le but suprême pour les libéraux que nous incarnons étant que le Droit empêche les gros de faire du mal aux petits,les petits de massacrer les gros mais surtout, l'Etat d'enquiquiner tout le monde.

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10 Commentaires

  1. Les debats sur la Loi de 1973 passée à l’epoque du President Pompidou sont ……amusants tant ils font preuve d’une totale incomprehension de ce qu’est la monnaie et de ce que devrait être l’Etat
    Je m’explique.
    Pour les souverainistes, la monnaie appartient à l’Etat.
    Ce dernier devrait donc avoir le droit de demander à la banque centrale (qui dans leur monde appartient aussi a l’Etat) de financer les depenses du Moloch sans payer de taux d’interets.
    Pour les souverainistes, l’Etat represente l’intérêt general et RIEN ne doit s’opposer à la volonte de ceux qui sont aux commandes de cet Etat, RIEN
    Le role de la banque centrale est donc de financer des “depenses qui ne rapportent rien, avec de l’arget qui n’existe pas (Rueff)”
    Il n y a pas de vision plus anti liberale que celle la, c’est grosso modo celle du Zimbabwe et elle amene toujours et partout aun appauvrissement généralisé
    Pour un Liberal (mais non pour un Libertaire, les deux n’ayant RIEN en commun). la monnaie est un bien commun et l’Etat est un mal nécessaire
    La monnaie bien commun doit etre geree par un groupe d’individus compétents et constitutionellement independants de l’appareil d’Etat (le modéle etant l’ancienne BundesBank).
    Dans un monde Liberal l’Etat doit payer un prix pour l’argent qu’il emprunte, comme tout le monde.
    Controle des changes, controle des prix, repression financiere dans ce monde de libertes doivent etre INTERDITS pour que chaque citoyen puisse placer son argent la ou il le souhaite, y compris dans la monnaie du pays ‘d a cote pour beneficier d’une meilleure monnaie

    EN AUCUN CAS L’ARGENT NE PEUT ETRE GRATUIT POUR L’ETAT, LA DEMOCRATIE EST A CE PRIX

    Pompidou a donc pris la seule mesure qui s’imposait, sur laquelle Giscard qui n’a jamais rien compris a rien a essaye de revenir ensuite, avec les resultats que chacun a pu constater (controle des prix, controle des changes, controle du credit, invention du SME, cette imbecillite foudroyante remplacee par la cretinerie danstesque qu’est l’Euro)

    Pour un Liberal, l’Etat a des fonctions Regaliennes (Justice, Defense, Police, Diplomatie) qu’il doit exercer et qu’il est le seul a pouvoir exercer et c’est pour ca que l’Etat a le monopole de la violence legale.

    Ce service que l’Etat rend doit etre finance par l’ IMPOT et uniquement par l’impot qui DOIT etre douleureux et que TOUT LE MONDE doit payer,
    L’un des scandales de nos societes actuelles est que plus de 50 % de la population ne paye AUCUN impot et est donc toujours d’accord pour les augmenter pour ceux qui payent
    De la meme facon, l’Etat en aucun cas ne devrait etre autorise a avoir des deficits budgetaires et une dette en expansion constante puisque cette dette sera payee par nos enfants et nos petits enfants par une augmentation de leurs impots QU’ILS N ‘AURONT PAS VOTE
    La regle fondamantale: Pas d’imposition sans representation, le coeur de la Democratie n’est donc plus respectee, et ce depuis longtemps

    Si l’Etat beneficie de facilites exhorbitantes du droit commun pour se financer (par la banque centrale ou par l’emprunt), alors la course pour le controle de l’Etat devient le seul jeu interessant (puisque cel permet de piller le secteur prive a son profit, sans travailler) et nous en voyons les resultats tous les jours dans notre pauvre pays, la Demagogie remplacant la Democratie

    Pour conclure, Pompidou avait raison a 100%, mais il n’a fait que la moitie du travail.
    Il aurait du aussi rendre les defcits budgetaires anticonstitutionnels
    La monnaie est chose trop importante pour etre laissee aux personnels dirigeants d’un Etat qui ne representent rien si ce n’est un groupe de pression particulierement bien organise
    Seuls les souverainistes du style Marinne Le Pen ou Melenchon sont contre ce qui indique avec une grande certitude la ou il faut pas etre.

    Amicalement
    cg

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  2. avec sa loi de 1973

    il aurait mieux de rester couché ce jour là

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  3. Voilà un article qui vient à point nommé.
    Hier, mon jeune fils à qui je faisais part une fois de plus, de mon écœurement devant la politique et la personne de F Hollande, me demanda : “mais alors Papa, comme tu penses la même chose de Nicolas Sarkozy, est ce qu’il y a un président dont tu penses du bien ?”
    La question était très pertinente et la réponse a été assez difficile. Je ne voulais pas céder à la facilité du “tous incapables et incompétents ! “. D’abord parce que je me fais un devoir d’éduquer mon fils à l’économie et à la politique, et que je veux lui donner quelques arguments et des outils pour réfléchir. Ensuite le sentiment qu’un père doit donner de l’espoir à son fils m’interdisait de lui dépeindre un tableau aussi noir.
    Et en procédant par élimination, et en restant dans la 5ème république, j’en suis arrivé à ne conserver que Georges Pompidou tout en étant incapable d’argumenter mon choix. Ma culture de cette époque étant pour ainsi dire nulle, je trouve dans cet article des arguments et des mots qui vont me servir 🙂

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  4. Pompidou a été le dernier Président a connaître l’économie, certes.

    Ceci étant dit, c’est quand-même lui qui a mis fin au “100% money” en permettant le passage au système de réserves fractionnaires.

    Bon pour le plus grand nombre ?… Ou pas ?

    N’est-il pas courageux en ces temps difficiles de reconnaître l’impossibilité de contrôler un système à couverture fractionnaire ?…

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  5. Et il a aussi pondu la fameuse loi du 3 janvier 1973 paraît-il …

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    • Il est grand temps que les libéraux répondent à la fin du “circuit” que cette loi a finalisée. Sur le plan technique, elle n’a rien changé aux habitudes de l’époque. Sur le fond, j’aimerais que Charles Gave ou quiconque de l’IDL analyse les effets réels de cette loi. Tout le monde peut en règle générale s’accorder sur le fait que cette loi n’a jamais contraint le moindre gouvernement à gérer la France en dépit du bon sens et à endetter le pays.

    • Il est vrai que le remède fut pire que le mal. Quelle folie à mes yeux, d’avoir abandonner un par de notre souveraineté dans les mains de financiers privé!

    • Bon j’en appelais à l’IDL pour répondre à ce débat interminable sur la loi de 1973 qui comme par hasard émergé au moment où la dette française a commencé à étrangler notre pays. Charles Gave ou Jean Jacques Netter sont certainement en mesure de tordre le coup aux idées reçues et aux ragos qui pullulent en ce moment.

      H16 a déjà pondu il y a un moment à ce sujet : La nature des commentaires est tout à fait révélatrice : Il y a énormément d’idéologie qui rend aveugle et sectaire sur cette affaire…

      http://h16free.com/2011/11/28/11407-pour-en-finir-avec-la-loi-de-1973

      Mon opinion est très simple : Comme tous ceux qui veulent sortir de l’euro sans avouer les contreparties douloureuses pour les français, ceux qui croient que la loi de 73 est la cause de tout occultent qu’aucune loi, aucun français informé comme il se doit n’aurait en toute connaissance de cause voté pour des gouvernements qui depuis 1981 se félicitent de budgets en déficit…

      Entre 1986 et 2007 quelques rares gouvernements ont tenté de ramener la France sur une trajectoire raisonnable. Ces gouvernements ont tous été désavoués dans les urnes. Ce n’est pas la loi de 1973 qui en est responsable que je sache mais bien les français! Et les médias sous perfusion publique!

      A mon avis dénoncer la loi de 1973 c’est comme le FN qui dénonce l’euro: Chercher un coupable extérieur à nos propres lacunes, lâchetés, faiblesses. Et je précise que je ne tiens pas en très haute estime l’euro sinon j’aurais du mal à lire Charles Gave, mais je crois que quoi qu’en pense, nous ne devons pas nous exonérer des réformes indispensables pour regagner de la compétitivité et de la profitabilité pour nos entreprises.

      Cordialement

  6. Aujourd’hui tous les Gardiens du Temple lui tomberaient dessus pour une telle vision des choses…

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