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Charles Gave

“Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde.” (Albert Camus)

Chers amis lecteurs de l’IDL

Le gouvernement a entrepris de lancer une grande campagne contre l’antisémitisme, à laquelle l’IDL, fidèle à ses valeurs, a décidé de se joindre.  Mais le sujet est trop important pour laisser place aux approximations dont cette campagne semble etre affligée.

Pour ce faire, nous avons décidé de republier un texte paru sur notre site le lundi 11 Janvier 2015, juste après les attentats mortels contre la rédaction de Charlie-Hebdo et l’Hyper-casher.

Dans le premier attentat, je perdis mon ami Bernard Maris avec qui j’avais fait toutes mes études à Toulouse. et j’avais fait part de ma douleur sur le site à l’époque en rappelant que nous avions crée ensemble l’équipe de rugby des Sciences-Eco qui avait défiée l’équipe des juristes et pris une solide raclée.

Bernard, qui jouait trois-quart centre alors que je jouais troisième ligne était l’un des rares gars que j’ai connu dans ma brève carrière de rugbyman  qui était capable de faire une passe sur un pas des deux cotes, ce qui me laissait éperdu d’admiration.

Sur l’économie, nous étions rarement d’accord, mais cela n’avait aucune importance.

Vous voudrez bien retrouver ci-dessous ce texte auquel je n’ai pas changé une virgule .

Si vous le pouvez, et compte tenu des temps troubles dans lesquels nous vivons, diffusez-le largement .

En tant que Catholique, je tiens a rappeler que d’après Jean-Paul II, l’antisémitisme est le pire des pêchés puisque c’est un pêché contre l’Esprit.

Islam et Nation Française : Sortir de l’émotion pour revenir à la raison

 « Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. »

Renan, Conférence à la Sorbonne Mars 1883.

De cette volonté de vivre ensemble procède l’émergence d’une Institution qui aura le monopole de la violence légitime et cette institution s’appelle l’Etat. L’Etat est donc le seul à pouvoir exercer de façon légale une action entrainant l’usage de la force, sauf bien entendu, en cas de légitime défense.

Dans l’Histoire, il y a eu de nombreux cas où cette volonté de vivre ensemble a disparu, une partie de la population voulant se constituer en Nation en se séparant de la Nation originale et, bien souvent, cette  volonté a entrainé une guerre civile ou une guerre de « Libération Nationale ».Alternativement, on a vu aussi un Etat légitime être capturé de façon violente, le pouvoir étatique étant ensuite exercé par la force contre une population qui voulait toujours vivre ensemble, mais pas avec cet Etat là.

Enfin, il est arrivé qu’une partie de la population refuse le « legs de souvenir » et n’accepte pas les principes fondamentaux qui permettent le vouloir vivre ensemble introduisant ainsi une situation de guerre civile larvée. Ce qui s’est passé cette semaine à Paris entre à l’évidence dans ce troisième cas.

Et ici, je ferai une première distinction entre les tueurs de Charlie Hebdo et le tueur de la supérette Casher.

Les tueurs de Charlie Hebdo opéraient en fonction de principes venant d’une autre civilisation. Ces principes sont en totale opposition à ceux qui sous-tendent notre volonté de vivre ensemble, mais ils ne sont pas incompréhensibles. J’y reviendrai.

La situation est totalement différente pour la seconde série de meurtres. Le tueur de la supérette a massacré des gens sans défense parce qu’ils étaient juifs et uniquement parce qu’ils étaient juifs.

Pour moi, cette seconde série de crimes est bien pire moralement que la première.

Quelque part, les gens de Charlie Hebdo avaient pris un risque, ils le savaient, ils sont morts au champ d’honneur comme l’a dit la compagne de Wolinski. Ils sont morts pour leurs idées. Rien de plus beau. Honneur à eux. La deuxième série de victimes a été exécutée froidement simplement parce qu’ils étaient juifs. Quelque part, je suis stupéfait que l’émotion semble se porter beaucoup plus sur les premières victimes que sur les secondes. Et j’ai du mal à comprendre. Pour moi, l’horreur de la seconde série d’exécutions rejoint le massacre dans l’école à Toulouse et j’ai honte. La première série de meurtres m’inspire de la colère, la deuxième de la honte et j’ai envie de demander pardon à tous les juifs de France.

Mais revenons à la première série d’assassinats.

« Le riche legs de souvenirs partagés en commun » auquel fait allusion Renan inclut un certain nombre de principes fondamentaux parmi lesquels la Laïcité et la Liberté d’expression. Sur cela, tout le monde est d’accord. Mais je voudrais faire une première remarque : personne n’a jamais remis en cause la liberté de publier ce qu’ils voulaient aux journalistes ou caricaturistes de Charlie Hebdo. Il y a quelques années, un certain nombre d’institutions censées représenter les Musulmans de France avaient porté plainte contre ce journal pour avoir publié des caricatures de Mahomet et avaient été déboutées. La protection physique de ces journalistes n’a pas été assurée, mais leur liberté d’expression a toujours été totale.

Le cas Charlie Hebdo est donc complètement différent des meurtres de la supérette.

Les journalistes ont été assassinés, non pas au hasard en fonction de leur appartenance ethnique mais en application d’une autre Loi, celle-là, de nature religieuse.

Dans le Coran, il semble bien en effet que le Prophète intime aux croyants l’ordre de tuer tous ceux qui diraient du mal ou se moqueraient de Dieu, du Livre sacré ou du Prophète.

En termes simples, ces assassinats seraient donc parfaitement en accord avec l’enseignement du Prophète.  En tout cas, c’est bien ce que croyait les assassins puisqu’ils ont dit en sortant des locaux de Charlie Hebdo : « Nous avons vengé le Prophète ».

Et les condamnations venant du monde musulman sont plutôt embarrassées sur ce point. Après tout, les tueurs n’auraient rien fait d’autre que suivre la volonté de leur Prophète. Nous sommes donc bien en face d’un cas totalement différent.

Les tueurs ne partageaient en rien le legs constitutif de l’âme française mais partageaient un autre legs, ou du moins le croyaient ils, celui constitutif de l’âme musulmane.

Si tel est le cas, il parait normal de se poser un certain nombre de questions.

La première, et la plus importante est simple : l’Islam est-il compatible avec nos valeurs démocratiques ?  Poser cette question serait être raciste. Voilà une contre vérité considérable. Une religion n’est pas de l’ordre de la nature, mais de l’ordre de la pensée. J’ai donc parfaitement le droit de penser que la religion musulmane n’est pas soluble dans une démocratie et de clamer haut et fort que je refuse les valeurs que cette religion véhicule. Si tel est le cas, être « islamophobe » n’est pas un crime, mais un devoir pour tout individu attaché aux Lumières.

M’interdire de le penser ou de le dire serait une considérable atteinte à ma Liberté de penser et de m’exprimer.  C’est en tout cas ce que pensait Ellul, l’un des grands penseurs du siècle dernier pour qui Démocratie et Religion Musulmane étaient simplement incompatibles. Être contre le fascisme, le nazisme ou le communisme n’a rien à voir avec le racisme et tout à voir avec des idées inacceptables pour un partisan des Lumières. Il en est de même pour ceux qui sont accusés d’Islamophobie. Chacun a le droit d’être islamophobe comme chacun a le droit d’être contre le fascisme, le communisme ou la théocratie tant que son opposition s’exerce de façon légale.

C’est une question à laquelle nous ne pouvons pas répondre en Occident et à laquelle seuls les musulmans peuvent répondre.

Peuvent -ils changer une ligne du Coran ou en changer l’interprétation ?  Voilà qui parait difficile. L’ancien et le nouveau testament ont été écrits par des hommes, inspirés ou non par Dieu. Des hommes peuvent se tromper et donc il est possible d’interpréter différemment à différentes époques le même texte.

Le Coran a été écrit par Mahomet sous la dictée de Dieu, par l’intermédiaire d’un archange, et il est supposé être incréé et éternel.

Voilà qui rend tout changement, toute altération difficile, voire impossible.

De plus, et toujours d’après le Coran, si un Musulman est dans un pays non gouverné par la sharia, il doit soit essayer de changer le gouvernement pour qu’il applique la sharia, soit quitter le pays.  Les assassins auraient pu quitter la France, nul ne les en empêchait. Ils ont choisi de tuer et c’est là que l’on retrouve leur responsabilité individuelle.

Ces hommes, ces femmes, ont été élevés dans les écoles de la République.

Où ont-ils appris ces notions et qui leur a appris à haïr notre façon de penser, voilà qui devrait intéresser les autorités. Il faut, et de toute urgence comprendre comment ces idées se sont diffusées et empêcher leur propagation. Comme les idées religieuses se diffusent en général dans les lieux de culte, tous les prêches dans les mosquées devraient avoir lieu en Français et uniquement en Français. Ce serait une mesure facile à mettre en application.

En fait, le peuple Français n’a aucun problème avec les Musulmans dans la mesure où ils respectent les lois républicaines. Par contre, il semble bien qu’une partie des Musulmans en Grande Bretagne, en France, en Allemagne aient des difficultés avec nos principes laïcs excluant la religion du domaine public et qu’ils veulent changer cet état de choses.

Je comprends que certains pensent cela.

Après tout, nous avons bien encore chez nous des partisans de la Royauté ou des admirateurs de Staline ou des Marxistes impénitents. Chacun a le droit d’être idiot. C’est un principe républicain fondamental.

Mais nul n’a le droit d’utiliser la violence, sauf l’Etat.

Qu’ils forment des partis, qu’ils se présentent aux élections et qu’ils proposent comme programme de changer les principes constitutifs de nos sociétés, voilà qui serait acceptable.

Essayer de nous faire changer par la terreur n’est simplement pas envisageable.

Si ce drame fait prendre conscience à la majorité Musulmane, chez nous ou ailleurs, qu’ils ont un problème, alors on peut -être espérer qu’il n’aura pas été inutile.

Si en plus il permet au reste de la population de discuter calmement de la meilleure façon de traiter ce qui est à l’évidence un problème, alors nous aurons vraiment progressé.

 

 

Charles Gave

Le 11 Janvier 2015