Socialisme urbain égal faillite des villes

 

 

Le socialisme est très prévisible : il assure la faillite de tous les systèmes où il est appliqué. Cela est valable pour un secteur économique, un pays, une ville. La ville est un objet d’étude géopolitique curieux. Elle est essentielle, puisque c’est là que se concentre la population, la richesse économique, les lieux de pouvoirs. Mais elle occupe un espace beaucoup plus restreint que les campagnes, donc moins visible au niveau de la cartographie. Un point a moins d’effet qu’un espace. Raison pour laquelle, entre autres, l’objet urbain est assez peu étudié. Paris fait de moins en moins rêver : prix du logement très élevé, insécurité, congestion des transports, risque d’attentat, etc. Longtemps, la capitale a été perçue comme un lieu de promotion humaine. Aujourd’hui, elle est vue par beaucoup comme un lieu répulsif que l’on souhaite quitter. Effet de mode ? Pas seulement. Cela est dû à la confrontation de deux réalités : l’amélioration des villes moyennes, la dégradation de Paris, sous l’effet du socialisme municipal.

 

Paris perd son avantage comparatif

 

Dans les années 1960-1970, il y avait un vrai avantage comparatif à habiter à Paris. On y trouvait des emplois très qualifiés, un meilleur salaire, et un mode de vie plus qualitatif qu’en province et, a fortiori, à la campagne. À Paris, les films sortaient au cinéma plutôt qu’en banlieue. Les magasins étaient plus modernes, plus liés à la mode. On trouvait aussi des musées, des théâtres, des expositions qu’il n’y avait pas ailleurs. Un idiot à Paris, film de Serge Korber paru en 1967, illustre cet état de fait. Jean Lefebvre, dans l’un de ses meilleurs rôles, est débarqué de l’Allier aux Halles de Paris. Il découvre les feux tricolores, la vie parisienne et la Tour Eiffel. Le contraste entre sa vie provinciale et la vie parisienne est immense. Aujourd’hui, il y a assez peu de différences fondamentales entre une vie à Moulins et une vie à Paris. La technologie a permis d’araser l’espace et de réduire l’avantage comparatif de la capitale. Les films sortent au cinéma en même temps, les grandes villes de province ont presque toutes des zéniths qui reçoivent les tournées parisiennes, la télévision aplanit l’espace et raccourcis le temps de diffusion des modes entre la région capitale et les villes de province. L’équipement des maisons et appartements ne présente plus de différences fondamentales entre les villes, à l’inverse de ce qui existait encore dans les années 1970. Un autre film en témoigne, Le clan des Siciliens(1967) et l’appartement moderne en formica orange de Vittorio Manalese (Jean Gabin). Avec Netflix et Amazon, l’espace est effacé. À condition de disposer d’une bonne connexion internet, chacun a accès aux séries, aux livres et aux objets, sans nécessité d’habiter à proximité d’un cinéma, d’une librairie universitaire et d’un bazar de l’hôtel de ville. La capitale, onéreuse, congestionnée, bruyante, est donc dévalorisée.

 

Le socialisme urbain en action

 

Cette révolution technologique conduit à une redéfinition de l’espace et à une nouvelle organisation, qui se fait librement, selon les affinités des personnes. Ce que n’ont pas compris les tenants du socialisme urbain, qui veulent encore modeler les espaces selon leurs idées, par la violence et la coercition. Ainsi, il a été décidé que la voiture était indésirable. La façon la plus logique et la plus respectueuse de régler ce problème était de rendre inutile un certain nombre de déplacements. Par exemple en développant le travail à domicile. Tout le monde ne travaillera pas depuis chez soi, mais si ce nombre atteint 10% de la population, c’est toujours cela de moins dans les transports individuels et collectifs. La livraison à domicile, via Amazon ou Uber a aussi du bon : elle limite le nombre de transports. La solution consiste donc à rendre inutile un certain nombre de déplacements, ce que permet aujourd’hui de nombreuses innovations techniques.

 

Au lieu de cela, les socialistes urbains, qui ont toujours des attitudes opposées à la raison et à la technique, ont décidé d’interdire. Non pas rendre inutiles les déplacements, mais les rendre impossibles. Réduction du nombre de voies pour créer des bouchons (la joie des embouteillages à Paris à 1h du matin), création de pistes cyclables et de pistes de bus où peu de monde se presse. En toute bonne logique, si l’on voulait rendre la voiture inutile, il aurait fallu augmenter le nombre de bus en circulation, climatiser les transports en commun, et assurer la sécurité de ces moyens de transport, à toute heure du jour et de la nuit. Qui n’a pas voyagé debout et serré dans des rames de métro en période de canicule n’a pas connu la douceur de vivre sous le règne d’Anne Hidalgo. Le tout s’accompagne de la modification de la langue : on parle ainsi de « mobilité douce » pour le vélo, qui demande pourtant plus d’effort physique que la voiture.

 

Par mimétisme, on voit toute une série de villes de province, dirigées par des maires dit de gauche ou dit de droite, se livrer aux mêmes aberrations : empêcher la circulation dans les centres-villes. Cela passe par la piétonnisation, la réduction des voies de circulation, la création de tramways, très couteux à l’investissement et au fonctionnement. Et que se passe-t-il quand on empêche des personnes de venir dans un lieu ? Eh bien elles ne viennent pas. Ce qui signifie que les commerces et les activités culturelles n’ont plus assez de clients. Donc ils ferment. On apprend ainsi aux détours d’articles de presse que l’association des théâtres privés parisiens s’est plainte à Anne Hidalgo de la diminution de leur fréquentation du fait de la raréfaction des spectateurs franciliens. Les habitants de la première et seconde couronne parisienne ne peuvent plus venir dans les théâtres parisiens : l’accès en voiture leur est interdit et ils ne peuvent plus se garer. Il leur reste les transports en commun. Mais les RER s’arrêtent trop tôt par rapport à la sortie des théâtres et on apprend que les dames (les messieurs aussi) ne se sentent pas trop en sécurité à minuit dans le RER. À force de dresser des murs, Paris s’étonne de manquer d’attractivité.

 

Amélioration culturelle des villes moyennes

 

À cela s’ajoute le fait que les villes moyennes se sont équipées en salles culturelles. Les grandes villes de banlieues ont toute des programmations théâtrales qui font jeu égal avec les salles parisiennes. Le déplacement à Paris, déjà impossible, devient en plus inutile.

Or les salles ont un modèle économique qui repose sur un bassin de population de 12 millions d’habitants. Grâce au socialisme urbain, leur bassin se réduit pour rejoindre la taille de Paris, soit deux millions. Beaucoup vont donc fermer. Bien évidemment, au lieu de demander l’arrêt du socialisme qui le tue, le patient demande l’accélération de la maladie, c’est-à-dire des subventions.

 

Le même phénomène joue en province, dans les grandes et les petites villes. C’est charmant un centre piétonnier, mais les familles font les courses en voiture. Donc, chassées des centres-villes, elles se rendent dans les centres commerciaux, qui correspondent davantage à leur mode de vie. Les centres-villes se meurent. Sans être un grand devin, on peut être certain que les maires et les associations de commerçants vont demander la création d’une Taxe sur le commerce de périphérie afin de financer le commerce de centre-ville qu’ils ont tué.

 

La socialisation du logement

 

Quand on veut faire passer une mesure injuste qui nuit au plus faible, on y accole l’adjectif « social » et elle se pare ainsi de toutes les vertus. Résumons l’affaire : en certains lieux, le logement est très cher pour les revenus moyens, notamment à Paris. Deux solutions semblent donc nécessaires pour résoudre ce problème : accroître l’offre de logement et augmenter les salaires. Les rémunérations sont tellement ponctionnées par l’impôt qu’ensuite l’État revêt son armure de chevalier blanc en venant offrir un logement dit social. Outre que ce type de logement est souvent utilisé à des fins électoralistes, il n’a rien de social. C’est l’exemple parfait de la saignée : on ponctionne beaucoup, on redonne un peu. Diminuons les charges qui pèsent sur les salaires et les travailleurs auront davantage de moyens pour se loger. L’encadrement des loyers est la typique mesure socialiste qui conduit à l’inverse de l’effet recherché. Avec l’encadrement, il y aura de moins en moins de biens loués, et donc une pression sur les prix. Paris perd ainsi près de 10 000 habitants par an, ce qui donne une idée de la mauvaise santé humaine de cette ville.

 

Malheureusement, le socialisme urbain a encore bonne presse. Anne Hidalgo ne fait que poursuivre la politique mise en place par son prédécesseur, Bertrand Delanoë. Si Benjamin Grivaux venait à lui succéder, il suivrait la même politique sur le fond, quoique moins outrancier dans la forme. La rupture avec ce type de socialisme n’est pas arrivée.

 

Penser l’échange pour penser la ville

 

La conséquence, c’est que les gens vivent mal, que des territoires agraires sont détruits afin de permettre une urbanisation qui s’étend, au lieu de pratiquer une véritable valorisation des centres-villes. Penser la ville de demain, ce n’est pas remplacer les voitures par des vélos et faire des murs végétalisés. C’est penser un élément essentiel de la vie humaine, à savoir les conditions de l’échange. Si on empêche les échanges en bâtissant des murs (voies cyclables, bouchons, métro non climatisé), on détruit l’activité humaine. Amazon et ses confrères sont une chance pour les villes, car ils limitent les raisons de se déplacer et ils permettent d’accéder à des biens et des services innombrables et de qualité. Le chèque éducation permettrait de créer de nombreuses écoles de petite taille dans les villages et les petites villes, limitant ainsi les déplacements des personnes et permettant aux professeurs de venir s’installer dans les déserts éducatifs. Diminuer les charges pesant sur la rénovation urbaine rendrait plus profitable la rénovation des maisons de centre bourg et centre-ville, aujourd’hui beaucoup plus onéreuse que la construction d’un pavillon dans une zone extensive. L’architecture est le reflet d’une époque et la géopolitique urbaine est la conséquence d’une philosophie politique : socialiste ou libérale, elle conduit à détruire la qualité des espaces ou au contraire à les rendre plus agréables.